LE LIVRE DE LA JOIE, le Dalaï Lama et Desmond Tutu, Flammarion, 2016

 

Le Livre de la JOIE

Vous ne trouverez pas la joie en poursuivant un but.

Chaque jour est une opportunité de renaissance.

Chaque jour est votre anniversaire.

La joie est un droit inaliénable, plus fondamentale que le bonheur. Alors que le bonheur est souvent dépendant de facteurs extérieurs, la joie ne l’est pas.

  • LA NATURE DE LA JOIE VÉRITABLE :

Paul EKMAN associe la joie à des sentiments tels que :

  • Le plaisir (5 sens)
  • L’amusement (du gloussement à l’éclat de rire)
  • Le contentement (satisfaction sereine)
  • L’excitation (nouveauté, défi)
  • Le soulagement (après la peur, l’anxiété, le plaisir)
  • L’émerveillement (événement extraordinaire)
  • L’extase (on est transporté)
  • L’exultation (après une tâche ardue ou audacieuse)
  • La fierté radieuse (nos enfants sont mis à l’honneur)
  • La jubilation malsaine (se réjouir du malheur d’autrui)
  • L’élévation (témoin d’un acte de gentillesse)
  • La gratitude (apprécier un acte désintéressé)

Matthieu Ricard ajoute 3 états plus exaltés :

  • La réjouissance (pour le bonheur d’autrui)
  • Le plaisir ou l’enchantement (forme brillante du contentement)
  • Le rayonnement spirituel (joie sereine née d’un grand bien être et d’une profonde bienveillance)

Cette cartographie de la joie montre sa complexité et sa subtilité !

La joie pérenne visible chez le Dalaï Lama s’apparenterait plutôt au « contentement lumineux » ou au rayonnement spirituel, nés du bien –être profond et de la bienveillance.

Lorsqu’on vit des événements tragiques, il faut prendre du recul.

« Si l’on peut lutter contre la tourmente, pourquoi se décourager ?

Si l’on est impuissant, à quoi bon se désespérer ? »

(Shantideva, XVIIIème siècle)

Tous nos frères humains souffrent. Ainsi si l’on considère le même événement d’un point de vue plus global, notre inquiétude et notre peine s’en trouvent amoindries.

« La douleur est inévitable.

La souffrance, optionnelle. »

On peut éviter la douleur mentale.

« La où sont tes amis est ta patrie,

là où tu reçois l’amour est ta maison. »

La question n’est pas « comment échappe à la douleur ? »

Mais « Comment la transformer en expérience positive ? »

  • NULLE BEAUTÉ  NE NAÎT SANS SOUFFRANCE :

La naissance d’un enfant est une belle métaphore de la beauté qui éclot après la douleur et l’angoisse. Telle est la nature du monde, c’est ainsi que notre univers a été créé.

Etre trop centré sur soi est une source de chagrin. L’intérêt sincère pour le bien-être d’autrui est source de bonheur. Nous devons rendre soin de nous sans oublier notre prochain. Un sage égoïsme est nécessaire.

Seuls 50% du bonheur est prédéterminé par des facteurs immuables (gènes), l’autre moitié dépend d’un ensemble de circonstances sur lesquelles nous avons un réel pouvoir.

Les 3 facteurs qui influencent notre propension au bonheur sont :

  1. La capacité à voir une situation donnée de manière positive
  2. La propension à la gratitude
  3. La volonté d’être attentionné et généreux.

(Sonja Lyubomirsky, psycholgue)

Ces trois attitudes sont considérées, par le Dalaï Lama et l’Archevêque comme des piliers de la joie.

AVEZ-VOUS RENONCE AU PLAISIR ?

On ne peut atteindre une félicité durable au travers de nos sens.

Il existe quatre circuits neuronaux, indépendants, mais indispensables entre eux,   qui influencent la pérennité de notre bien-être, affirme Richard Davidson, neuro scientifique, San Francisco :

  1. Notre capacité à garder un état positif
  2. Notre aptitude à nous remettre d’un traumatisme
  3. Notre capacité à nous concentrer et à ne pas nous disperser
  4. Notre propension à la générosité

La capacité et le désir de coopérer et d’être généreux envers autrui sont inscrits dans nos circuits neuronaux, et peuvent être exploités à des fins personnelles, sociales, globales.

Nous faisons partie d’un seul et même groupe : l’HUMANITE !

NOTRE PLUS GRANDE JOIE :

UBUNTU : un ancien mot bantou  (famille de langues africaines) qui signifie

« Je suis ce que je suis

grâce à ce que nous sommes tous ».

Quelqu’un d’UBUNTU désigne une personne sachant que ce qu’elle est, est intimement lié à ce que sont les autres.

C’est un concept fondamental de la philosophie de la réconciliation développée par Desmond Mpilo Tutu avec l’abolition de l’apartheid. Ce mot signifie aussi en kinyarwanda, la langue rwandaise, et en kirundi, la langue burundaise, « HUMANITE », « GENEROSITE » ou « GRATUITE ».

On dit d’une chose qu’elle est k’ubuntu si elle est obtenue gratuitement.

Nous sommes connectés et ne pouvons être humains que tous ensemble.

Le psychiatre, Howard Cutler (l’Art du Bonheur, écrit avec le Dalaï Lama) ( HOWARD CUTLER)

Les gens malheureux sont les plus égocentrés, socialement renfermés, moroses, voire hostiles.

Les gens heureux, en revanche, sont plus sociables, accommodants et plus créatifs. Ils supportent mieux les frustrations de la vie quotidienne. Surtout, ils se montrent plus aimants, plus miséricordieux que les gens absorbés par la tristesse.

C’est en se tournant vers les autres qu’on soulage son propre chagrin, c’est un cercle vertueux.

Le but c’est d’être

«Un puits de joie, un oasis de paix, une mer de sérénité,

où nous pouvons tous baigner »

(Desmond Tutu)

  • LES OBSTACLES A LA JOIE :

Les humains se protègent de la douleur en se forgeant une immunité mentale et physique.

Repousser les émotions destructrices et développer les émotions positives.

S’accepter tel qu’on est, déterminer ce que l’on peut changer, sans honte, nous sommes humains, apprendre à maîtriser sa réactivité émotionnelle, pour développer son immunité mentale. Se pardonner des moments de faiblesse, pour ne pas le aggraver par de la culpabilité.

Dukkha : contrainte, anxiété, douleur, insatisfaction….toutes les souffrances, physique ou mentales, qui traversent notre quotidien.

Nous avons une pensée subjective de chaque événement : agréable, désagréable…

Ensuite, nous avons une palette de réactions : peur, colère, frustrations…

Ce ne sont que des projections de l’esprit, ce n’est pas la réalité. A nous d’analyser nos réactions, voir si elles sont basées sur des réalités, des projections de notre esprit, ou d’événements qui ne dépendent pas de notre contrôle ?

Nous avons tout pour être parfait, nous ne le sommes pas encore. Nous sommes un chef-d’œuvre en devenir !

  • PEUR, STRESS, et ANXIETE :

Noter humanité se définit aussi par ses failles, ce qui nous rappelle notre besoin les uns des autres.

« J’ai compris que le courage n’était pas de ne pas avoir peur,

mais de triompher de la peur. »

(Desmond Tutu)

Le mot courage vient du latin « cor » qui signifie « cœur ». Le courage est en effet le triomphe de l’amour et du cœur sur les murmures de la raison qui nous supplie de fuir le danger.

L’anxiété vient souvent d’attentes et d’ambitions trop grandes. Puis quand on ne répond pas à ces attentes, quand on ne réalise pas ses rêves, on souffre de frustration. Dès le départ, cela vient d’une attitude autocentrée. Les ambitions démesurées ne mènent qu’au désastre. Une fois que l’on a compris le peu dont nous avons besoin -amour et fraternité-toutes ces possessions ne sont plus l’obsession de notre existence.

La psychologue Elissa Epel, spécialiste de l’anxiété, explique le fonctionnement du stress :

C’est une réaction évolutionniste, censée nous sauver d’une agression, ou d’un danger, comme un lion affamé, ou une avalanche.

Le cortisol et l’adrénaline affluent dans le sang, dilatent les pupilles pour nous donner une vision plus affûtée, augmentent le rythme cardiaque et la respiration pour accélérer nos réflexes, détournent le sang des organes pour alimenter les muscles importants et combattre de façon efficace, ou fuir rapidement.

Cette réaction devrait être rare et temporaire. Mais pour beaucoup de gens de nos sociétés modernes, le stress est constamment activé.

Le stress permanent ronge nos télomères, les extrémités des chromosomes qui protègent les cellules de la maladie et du vieillissement. Tout notre mécanisme mental influe sur nos télomères :

« Nos cellules sont à l’écoute de nos pensées. »

Concluent Elissa Epel et Elisabeth Blackburn (prix Nobel) Le problème est notre manière de réagir au stress. Notre réaction à l’anxiété endommage nos télomères. Ces biologistes nous encouragent à développer une « résilience au stress » : transformer ce qu’on appelle stress de menace (la perception qu’un événement stressant constitue un danger) en stress de défi (la perception que ledit événement est en réalité un défi à relever, une occasion de progresser.)

  • Identifier la réaction instinctive du corps
  • Se rappeler que c’est une réaction naturelle
  • Relever le défi.

Surmonter son inquiétude en pensant aux autres, vivant la même situation, ou pire…il est essentiel de se considérer comme une partie d’un grand tout, interdépendants.

Le chemin de la joie est celui de l’union, le chemin du chagrin est celui de l’isolement. Il n’est nul défit qu’on ne peut relever….ensemble.

Quand je rencontre quelqu’un, dit le Dalaï Lama, je tente toujours de me connecter à lui sur le plan humain, le plus basique. A ce niveau, je sais que comme moi, cette personne désire simplement être heureuse et ne pas avoir trop de soucis dans sa vie. Que je parle à une personne ou à un millier, je me vois toujours et avant tout, comme un être humain. Ainsi il est inutile de faire les présentations.

Si je me connectais aux autre d’un point de vue d’un être différent, comme un bouddhiste, un tibétain ou le 14ème Dalaï Lama, je sème les graines de ma propre solitude…il n’existe qu’un seul Dalaï Lama dans le monde !

Par contraste, si je me vois comme un être humain, je sais que j’ai un lien profond avec 7 milliards d’individus. N’est-ce pas merveilleux ? Quel besoin de s’inquiéter quand on a 7 milliards d’individus avec soi ?!

  • FRUSTRATION ET COLÈRE :

Où la peur menace, la frustration guette. Et la frustration génère la peur. La colère et la peur sont deux pôles de la réaction instinctive, qui consiste à se battre (peur) ou à fuir (colère).

Fight or flight. La réponse combat-fuite a été décrite pour la première fois par le psychologue américain Walter Bradford Cannon. Sa théorie explique que la réaction animale face aux menaces accompagnée d’une décharge générale du système nerveux orthosympathiqueamorce l’animal à un combat ou une fuite. Cette théorie est plus tard reconnue comme étant le premier stade du syndrome général d’adaptation régulant les réponses au stress parmi les vertébrés et autres organismes.

La colère, explique le neuropsychiatre Daniel  Siegel, fait sauter le « couvercle de la marmite », on perd la capacité de raisonnement du cortex. Résultat, le cortex préfrontal, essentiel pour la régulation des émotions et un jugement moral, perd son aptitude à endiguer le système limbique émotionnel.

La frustration et la colère sont engendrés par la douleur affirme le Dalaï Lama. Sous la colère guette la peur de ne pas accéder à ses désirs, de ne pas être aimé, intégrés, intégrés.

A nous de nous interroger : « Quelle blessure est à l’origine de cette fureur ? De quoi avons-nous peur ? Identifier et exprimer notre peur permet souvent de l’apaiser.

Pour cela, il nous faut accepter notre propre vulnérabilité ! Compatir pour soi-même, reconnaître et accepter nos failles, nos fragilités.

La colère, la haine récurrentes sont nocives pour notre système immunitaire.

  • TRISTESSE ET CHAGRIN :

Joseph FORGAS, chercheur en psychologie, montre que la peine, la tristesse peuvent avoir un certain nombre de bienfaits.

Le rôle joué par la tristesse est particulièrement étonnant, et mal compris. Lorsqu’on regarde de près le répertoire des émotions humaines, on s’aperçoit qu’il y a une forte prédominance des sentiments « négatifs », chose plutôt intrigante. Si toutes ces émotions ‘négatives’ ont survécu au grand test de l’évolution, c’est qu’il y a sûrement une bonne raison à cela.
Ces émotions « mauvaises » offrent peut-être un avantage du point de vue de la survie,  avance encore (Forgas). Il est vrai qu’on peut sans doute comprendre l’utilité de la peur ou de la colère à l’état brute, qui bombardent notre cerveau d’adrénaline afin de nous aider à sortir des situations à risque. Mais le reste ?

Les personnes « tristes et de mauvais poil », lord des tests,  étaient dans les meilleures conditions pour prendre une décision difficile. Mais pas seulement !
D’autres séries d’expériences ont en effet révélé qu’outre favoriser les prises de décision, la mauvaise humeur pouvait aussi améliorer les performances cognitives, la mémoire, réduire les biais induits par les stéréotypes, et même, paradoxalement… accroître la motivation !

La conclusion mérite que l’on y réfléchisse à deux fois :

tandis que l’humeur positive semble promouvoir la créativité, la flexibilité et la coopération,

la mauvaise humeur active un esprit plus réfléchi et prudent, qui rend la personne plus attentive au monde extérieur.

« On ne se rapproche pas des autres quand on flotte sur un petit nuage. Ce sont les moments difficiles, douloureux, la peine et le chagrin qui tissent des liens forts entre les gens. » (Desmond Tutu)

La joie et la peine sont indissociables. Perdre un être cher anéanti, la seule manière de dépasser son chagrin et son sentiment de perte, est de s’en servir comme motivation pour atteindre un but plus élevé. Réaliser les souhaits des disparus permet de se nourrir d’espoir et de conviction, rendra la personne disparue heureuse, partage le Dalaï Lama. Après la douleur de la perte, on peut trouver plus de sens à la vie.

  • DÉSESPOIR : le monde est un tel CHAOS

Changer le monde est impossible, mais agir autour de soi, faire le plus possible là où l’on se trouve, et s’indigner. Malgré tout, le monde s’améliore, droits des femmes, fin de l’esclavage…Nous évoluons et apprenons à devenir plus compatissants, altruistes, humains.

« L’art de l’univers moral est long, mais il tend vers la justice. »

(Theodore Parker)

L’espoir est différent de l’optimisme, plus superficiel et prompt à se transformer en pessimisme.

L’espoir ne tient pas à l’évanescence des émotions (optimisme), mais à la fermeté des convictions.

L’espoir est ancré au fond de nos entrailles, il réclame de la foi ancrée dans la nature humaine, ou dans la persistance  de la vie à trouver un chemin, l’espoir se nourrit de l’autre, nous jette dans les bras de l’autre.

L’espoir est très proche de l’amour.

  • SOLITUDE :

La sociologue Lynn SMITH LOVIN :

Les gens auraient un cercle de personnes proches avec qui ils peuvent discuter de choses importantes de plus en plus réduit.

En 1985, ils avaient en moyenne 3 personnes dans leur entourage à qui ils pouvaient se confier.

En 2004, ils en avaient 2.

Le nombre de ceux n’ayant personne à qui se confier avait doublé, atteignant 25% de la population.

On ne constate habituellement pas de changement social aussi important en l’espace de deux décennies.

Cela indique quelque chose qui n’est pas bon pour la société.

Les relations proches sont un filet de sécurité, explique-t-elle. Que ce soit pour garder un enfant ou trouver quelqu’un pour vous aider à sortir de la ville en cas d’ouragan, les amis sont des gens de qui on dépend.

Les recherches ont montré que l’isolement social et la solitude sont associés à davantage de maladies physiques et mentales.

L’étude montre que, comparativement à il y a 20 ans, moins de contacts proviennent de groupes sociaux et du voisinage. Les gens reposent davantage sur la famille (conjoint(e), parents, …).

Le pourcentage de gens qui ne se confient qu’à la famille a augmenté de 56% à 80%. Le pourcentage dont la seule relation proche est le ou la conjoint(e) est passé de 5% à 9%.
La recherche montre aussi que les non-blancs et les gens avec moins d’éducation ont tendance à avoir des réseaux plus petits.

Une plus grande diversité raciale est aussi observée, les gens ayant au moins une personne d’une autre nationalité dans leur réseau ayant augmenté de 9 à 15%.

Pourquoi les gens ont moins d’amis proches n’est pas clair.

La principale hypothèse est le temps passé au travail et pour le transport qui laisse moins de temps pour socialiser et joindre des groupes.

Les gens ont aussi plus de divertissements à la maison tels que la télévision et les ordinateurs. La possibilité, avec les nouvelles technologies, de communiquer malgré la grande distance peut également diminuer le besoin de contacts en personne avec des amis, la famille et les voisins.
Pour le Dalaï Lama, la peur et la méfiance découlent souvent de l’égocentrisme.

Cela vous met à l’écart de vos frères et sœurs humains. Cela engendre la solitude et rend difficile la communication avec autrui. Nos portes intérieures sont verrouillées.

Penser à son prochain avec tendresse et compassion, on n’est jamais seul. Un cœur ouvert et chaleureux est l’antidote de la solitude.

Pour Desmond Tutu,  « ETRE SOLITAIRE » est un oxymore, une figure de style qui réunit deux termes antinomiques, de sens contraire.

C’est en ouvrant notre cœur qu’on se connecte à nos frères humains, où que nous soyons.

  • ENVIE :

L’envie est une grande source d’insatisfaction : « envier nos supérieurs, combattre nos égaux, mépriser nos inférieurs. » En tibétain, « trakdok » :  l’envie se traduit par épaules lourdes et entravées. Ils comparent l’envie à un serpent venimeux  qui nous empoisonne.

L’antidote à l’envie est la gratitude. Au moment où l’envie se développe, l’esprit perd toute sa sérénité.

Pour le Dalaï Lama, « Mudita » la joie sympathisante, est une bonne antidote à l’envie ; elle fait partie des Quatre Incommensurables, qualités que nous devons cultiver sans relâche.

Les Trois autres sont la Bienveillance, la Compassion, l’Equanimité.

« Mudita » s’oppose à Shadenfreude, la satisfaction que l’on retire au malheur d’autrui, ce qui sous-entend que les hommes sont en perpétuelle rivalité : si l’on réussit, l’autre s’en trouve diminué et moins digne d’amour. Mudita est le prolongement naturel de la Compassion. Mudita repose sur notre Interdépendance, ou Ubuntu.

Dans les villages africains :

« Comment allons-nous aujourd’hui ? » Cela suppose que le bien être de l’autre est aussi le sien.

Poème tibétain du premier  Pancha Lama,  pour cultiver le Mudita :

« Quant à la souffrance, je n’en veux aucune,

Quant au bonheur, je n’en ai jamais assez

En ceci, il n’existe nulle différence entre les autres et moi

Bénissez-moi que je me réjouisse du bonheur d’autrui. »

 

  • SOUFFRANCE ET ADVERSITÉ :

« L’expérience de la douleur éclaire la nature du bonheur »

dicton tibétain

La souffrance nous permet d’apprécier la joie. La souffrance n’est pas une calamité mais une opportunité que nous offre le destin.

La souffrance peut nous rendre amer ou plus grand, cela dépend du sens que l’on peut mettre à nos maux. Notre bonté grandit chaque fois qu’elle est mise à l’épreuve.

  • MALADIE ET PEUR DE LA MORT :

Il faut faire une distinction entre la guérison physique et la guérison mentale.

Guérir l’âme consiste à retrouver son intégrité, cela peut se produire même si la maladie est physiquement fatale.

La mort fait partie de la vie, j’ai un commencement, j’ai un milieu et j’ai une fin. Peut-être que la mort, et la peur de la mort, est le plus grand défi de la joie ? De nombreux psychologues disent que derrière nos peurs se cache la peur de la mort. (Desmond Tutu)

Une fois accepté l’idée de la mort, notre attitude change. Rien ne dure, rien n’est permanent, ni la souffrance, ni la vie. Accepter cette vérité est une partie importante de la contemplation de l’impermanence.

Pourquoi cette impermanence ? La cause en est l’interdépendance.

Rien n’existe de manière indépendante. Le développement spirituel se mesure véritablement à la manière dont chacun affronte sa propre mortalité.

La voie royale est d’accepter sa mort avec joie. La deuxième voie est de l’approcher sans peur. La troisième consiste à ne pas avoir de regrets.

Si vous avez peur de la mort, avancez dans la vie avec un but, l’altruisme. Je préfère aller en enfer qu’au paradis, je pourrais aider plus de gens là-bas ! (Dalaï Lama)

  • LES HUIT PILIERS DE LA JOIE :

L’immunité mentale est capable de repousser la peur, la colère et les autres sentiments négatifs. Pour le Dalaï Lama, pour créer cette immunité, il est nécessaire de remplir son esprit et son cœur de pensées et de sentiments positifs.

Les huit piliers de la joie :

quatre reposent sur des qualités de l’esprit : perspective, humilité, humour, acceptation

quatre reposent sur les qualités du cœur : pardon, gratitude, compassion, générosité.

  • Perspective :

Comme nous sommes à l’origine de nos propres souffrances, nous devrions être capables de générer notre propre joie. La clef tient à notre point de vue, pensées, sentiments et actions qui en découlent.

Un facteur déterminant est celui de notre capacité à adopte une perspective positive de notre propre situation (Sonja Lyubomirsky).

Notre vision de la vie influe sur notre manière de l’appréhender.

En changeant de point de vue, de PERSPECTIVE, on change de sentiment, et de manière d’agir, autrement dit, on transforme le monde en soi.

« Avec notre âme, on crée notre monde » (Bouddha)

« Notre vision de la vie est notre dernière et ultime liberté » (Frankl)

Maîtriser nos émotions est difficile, mais changer de Perspective est plus aisé.

Le Dalaï Lama parle de perspective plus « lointaine », plus « globale », observer d’au-moins 6 angles différents : cela nous oblige à reculer à l’intérieur de notre propre esprit, pour observer le tableau dans son ensemble, prendre de la distance de notre vision égocentrée, limitée.

Changer de Perspective, passer du Moi au NOUS.

Si je me considère comme quelqu’un « à part », un bouddhiste, un chrétien…j’érige un mur entre moi et le reste de l’humanité !

Une vision plus globale du monde guide nos pas vers la sérénité et l’équanimité, nous pourrons affronter les problèmes avec souplesse et compassion, plutôt qu’avec raideur. Adopter le regard d’autrui, c’est développer son empathie.

L’interdépendance nous enveloppe tous, de la manière dont on traite les autres, c’est ainsi que l’on se traite soi-même.

Admettre qu’on ne peut  maîtriser toutes les facettes d’une situation permet de développer le sens de l’humilité, de l’humour et de l’acceptation.

  • HUMILITÉ:

Nous naissons et mourons tous de la même manière, nous sommes interdépendants, les unes des autres, que l’on soit mendiant ou roi.

L’étymologie d’humilité vient du latin « humus » = terre

  • HUMOUR:

« humus », la terre, est la même racine que Humour, Humilité, Humanité. La terre nourricière a la même racine. L’humilité est nécessaire pour pouvoir rire de nous-mêmes, cette autodérision nous est nécessaire pour nous rappeler notre humanité partagée.

Le rire est le meilleur moyen pour combattre le mépris, la cruauté et l’incertitude.

  • ACCEPTATION:

L’Acceptation est tout le contraire de la défaite, et de la résignation.

« Pourquoi se plaindre d’un problème qu’on peut résoudre ? 

A quoi sert de se lamenter si on ne peut y remédier ? »

Desmond Tutu a refusé la fatalité de l’apartheid, mais a accepté sa réalité. L’acceptation de la réalité est le début du changement.

Face aux désagréments de la vie, la question n’est pas

« Comment les éviter ? »

Mais

« Comment en retirer une expérience positive ? »

Une fois qu’on a accepté la vie telle qu’elle est, et non telle qu’on la désire, on prend un chemin plus agréable, on s’écarte des routes tortueuses et chaotiques (dukkha), avec son lot de souffrances et d’insatisfactions, et on la poursuit sur une voie paisible (sukha) simple, heureuse.

  • PARDON :

Le pardon n’est pas synonyme d’oubli. Il faut garder en mémoire les sentiments négatifs, mais sans nous laisser entraîner sur le chemin de la haine, et choisir la voie du pardon. Le pardon ne nous empêche pas de réclamer  la justice et la punition des coupables.

Ne pas perdre de vue l’humanité de l’ennemi, tout en s’opposant à ses actes. L’acteur et l’action.

Le pardon est le seul moyen de se libérer du passé, on reprend le contrôle de son propre destin et de ses sentiments. On devient son propre libérateur.

Le pardon n’est pas une faiblesse, mais une force !

  • GRATITUDE :

La gratitude consiste à reconnaître tout ce qui nous maintient  dans la toile de la vie et tout ce qui nous a permis d’avoir l’existence que nous menons aujourd’hui. Cela nous permet de changer de perspective, nous arrache à notre esprit étroit fixé sur le manque et nous ouvre à une vision lus globale des bienfaits et de l’abondance.

Accepter la réalité, ne pas la combattre et voir les portes qui s’ouvrent à chaque instant.

Les bouddhistes sont même reconnaissants envers leurs ennemis, parce qu’ils les aident à développer leur spiritualité.

La rancune nous prive de toute capacité à apprécier la vie, piégés que nous sommes dans la colère et l’amertume.

Je suis  heureux parce que je l’ai décidé !

La gratitude stimule l’hypothalamus, qui participe à la régulation du stress dans le cerveau, ainsi que l’aire tegmentale ventrale qui fait partie des circuits neuronaux produisant le plaisir.

Le simple fait de sourire durant 20 secondes provoque des émotions positives, un sursaut de joie.

Le sourire stimule la libération de neuropeptides, qui combattent le stress, et libère un cocktail de neurotransmetteurs :

La sérotonine agit comme un antidépresseur naturel,

La dopamine stimule les centres cérébraux de la gratification

Les endomorphines sont des antidouleurs naturels.

Le sourire récompense également les cerveaux de ceux qui l’observent, et qui l’imitent instinctivement.

Le sourire est contagieux et se communique à tous ceux qui le voient (neurones miroirs)

  • COMPASSION :

« Se soucier du bien d’autrui est source de bonheur »

(Dalaï Lama)

« Quelle est la chose, qui, quand on la possède nous octroie toutes les autres vertus ?

C’est la compassion. »

(Bouddha)

Penser « moi, moi, moi », apporte automatiquement un sentiment de peur, d’insécurité, et de méfiance. Cette personne ne sera jamais heureuse.

Le compassion est dans notre intérêt : c’est l’altruisme réciproque, aujourd’hui, je te gratte le dos, demain, ce sera toi !

Il est impossible d’aimer son prochain si l’on ne s’aime pas soi-même !

  • GÉNÉROSITÉ :

C’est le prolongement naturel de la compassion. On l’apprécie en l’exerçant. Donner c’est recevoir.

« Nous devons apprendre à vivre ensemble,

comme des frères et des sœurs,

ou nous périrons ensemble

comme des imbéciles. »

Martin Luther King Jr.

La générosité de l’esprit : être magnanime, tolérant, ouvert, patient, indulgent, bon…est sûrement l’expression la plus  pure du développement spirituel, cela met du temps à bâtir.

« Devenir un oasis de paix,

une mer de sérénité,

dans laquelle nous pouvons tous baigner. »

(Desmond Tutu)

Pratiquer la générosité de l’esprit, c’est pratiquer tous les piliers de la joie.

De là découle l’égoïsme sage : une générosité qui comprend qu’aider on prochain, c’est s’aider soi-même :

« En fait, aimer et aider son prochain, c’est le meilleur moyen de trouver sa propre joie et de mener une existence heureuse. » (Dalaï Lama)

Il n’existe pas de joie sans peine. Plus on se tourne  vers la souffrance, la nôtre et celle d’autrui, plus on s’ouvre à la joie. Si nous les embrassons toutes les deux, nous épousons la symphonie de la vie, si nous leur tournons le dos, nous devenons sourds à sa musique.

La joie pure est un état d’esprit, non une émotion fugace.

  • SURMONTER LES OBSTACLES DE LA JOIE :

Pour surmonter la PEUR, il faut l’affronter directement.

Si l’on affronte et embrasse la peur, elle perd son pourvoir sur nous. Nous n’avons plus besoin de la combatte, simplement d’avancer avec elle.

La COLERE  découle souvent de la déception et de la frustration.  Quelles sont vos attentes ? Quelle est la réalité ?

Desmond Tutu priait, au temps de l’Apartheid, quotidiennement pour le gouvernement qu’il combattait, pour leur bien-être et aussi pour qu’ils transforment le système qu’ils avaient mis en place.

La TRISTESSE, pour la chasser, il faut nous focaliser sur les aspects positifs de notre vie, comme le Dalaï lama qui a dû fuir de Tibet, il se concentre sur ce qui a enrichi sa vie en exil, plutôt que de s’arrêter sur tout ce qu’il a perdu.

L’ENVIE est un poison teinté de culpabilité et d’autocritique, elle détruit le bonheur et vide le monde de sa richesse et de ses merveilles.

La pratique de Mudita: se réjouir de la bonne fortune d’autrui.

Le Lojong , principe fondamental de l’exercice mental tibétain, il consiste à prendre la douleur et l’adversité que l’on rencontre et à s’en servir pour nous élever.

La pratique du Tonglen, nous incite à être présent et utile à ceux qui souffrent, qui luttent contre l’adversité ou sont confrontés à la maladie. C’est le point d’orgue de l’exercice de la compassion : s’approprier la douleur d’autrui et leur offrir notre amour, notre courage, notre force, et notre joie !

Donner et recevoir.

La mort est une part inévitable de la vie. Contempler notre propre mortalité nous incite à profiter de chaque instant :

« Ne quittez jamais la mort des yeux. »

(Sainte Bénédicte)

La mort est le rappel ultime de l’impermanence et de l’évanescence de toute vie.

  • Cultiver les huit piliers de la JOIE :
  • PERSPECTIVE : autodistanciation

Adopter une perspective plus globale, pour mieux analyser, dépasser notre stress, nos émotions négatives, nos préoccupations personnelles, pour nous intéresser au bien-être d’autrui.

  • HUMILITÉ : pratique du Lojong

Elle nous rappelle que nous ne somme qu’un individu parmi 7 milliards qui peuplent la planète. Nous appartenons tous à la même famille humaine.

  • RIRE DE SOI MÊME, développer l’humour

Riez de la vie, plutôt que de s’énerver d’une embûche qu’elle pose sur votre chemin.

  • ACCEPTATION : méditation

La méditation nous permet d’accepter la réalité, d’accepter notre existence quotidienne, sans attendre une autre vie que la nôtre.

« Si l’on peut lutter contre la tourmente

Pourquoi se décourager ?

Et si l’on est impuissant à la stopper,

A quoi bon se désespérer ? »

(Shantideva)

Mon Dieu,
Donnez-moi la sérénité
D’accepter
Les choses que je ne peux changer,
Le courage
De changer les choses que je peux,
Et la sagesse
D’en connaître la différence.

Dr Reinhold Niebuhr, La prière de la Sérénité.

  • Le quadruple chemin du PARDON :
  1. raconter son histoire : tout pardon commence par affronter la réalité.
  2. Nommez la blessure : voulez-vous vous alléger de ce fardeau ou vous libérer de votre souffrance ?
  3. Accordez le pardon, cette capacité à pardonner tient à la reconnaissance de notre humanité partagée, étape nécessaire pour s’engager sur la voie de la guérison et non de la vengeance.
  4. Réconciliez-vous ou séparez-vous. Après avoir pardonné, à vous de décider si vous renouez votre relation ou si vous la brisez. Se réconcilier, c’est restaurer les liens familiaux ou communautaires. Si vous vous séparer, vous pouvez tourner la page et souhaiter bonne chance à la personne qui vous a blessé, sachant que comme vous, elle cherche seulement à être heureuse.
  • Le journal de la GRATITUDE :

Elle nous permet de savourer notre vie et de reconnaître que notre bonne fortune vient essentiellement de nos semblables.

  • Méditation sur la COMPASSION :

Il n’existe nulle qualité plus grande que la Compassion, l’enseigner à nos enfants est le seul moyen de transformer le monde.

La compassion est nécessaire mais pas suffisante, il est nécessaire de pratiquer la générosité, le don matériel, le don de libérer de la peur, le don spirituel.

  • le don matériel : comment donner à son prochain ?
  • le don de libérer de la peur : donner du temps et de l’attention aux autres, tendre la main.
  • le don spirituel : offrir de la sagesse, aider les autres à être plus joyeux. Cherchez à être un oasis  d’attention et d’intérêt tout au long de votre vie.

SE RÉJOUIR DE SA JOURNÉE:

Avant d’aller se coucher, réfléchissez à votre journée, les événements sont-ils en rapport avec vos intentions premières ?

La source de la JOIE véritable tient à nos relations avec nos semblables.

La Joie

ne s’apprend pas

elle se vit !

The Book of Joy