Les MANTRAS ou la puissance des mots sacrés, John Blofeld, 2015, Dervy

La notion de mantra constitue le noyau de la culture védique.

La première syllabe « man» signifie manas, le mental.

Le suffixe « tra » signifie « ce qui protège », « préserve » ou « calme ».

Donc le mantra est un instrument fait pour préserver le mental de l’agitation permanente que l’on subît durant toute notre vie, même pendant le sommeil !

Le pouvoir des mantras

dépend moins des sonorités émises

que de l’état d’esprit de l’adepte qui les récite.

Les mots chargés de sens sont juste bons pour l’usage ordinaire, car ils ne sont pas assez puissants et se mettent en travers de notre route comme des écueils pour faire chavirer le navire.

Mais les mots chargés de puissance ne révèlent jamais leur vraie signification. Il est donc préférable de ne pas chercher cette signification et de rester libre d’esprit.

Mon esprit occidental regimbait à la pensée que des mots vides de sens pussent être porteurs d’une certaine puissance.

Parce qu’ils sont dénués de toute significations, les mantras ne peuvent induire des pensées conceptuelles, comme le feraient les prières ou les incantations. Cela permet d’atteindre un état mental qu’il serait difficile d’atteindre autrement.

Les paroles chargées de signification propre sont inutilisables dans la pratique religieuse, puisqu’elles incitent la pensée dualiste et placent ainsi un obstacle devant l’esprit qui désirer entrer dans un état de véritable spiritualité.

Les formules dévotionnelles (nien fu) et les mantras induisent un état contemplatif en libérant le mental de la pensée dualiste. Elles diffèrent par leur aspect extérieur : alors que les mantras provoquent une réponse directement à l’intérieur du mental de l’adepte, les formules dévotionnelles (nien fu) sont en apparence des appels à une réponse divine extérieure.

Cette différence n’est réelle qu’au niveau de la vérité relative, car il n’y a pas de dichotomie entre l’extérieur et l’intérieur, en de telles matières.

« Les sonorités des mantras permettent à l’esprit,

d’une façon mystérieuse, et par une voie détournée,

de saisir son affinité cachée avec le TAO, la Source de l’Etre. »

Cette explication, donnée par un moine, ma paraissait bien vague. J’étais encore persuadé que les effets constatés participent d’avantage de l’hypnose due au rythme des tambours, de percussion et au charme de la mélodie qu’aux valeurs intrinsèques des mantras.

Les occidentaux, habitués à interroger, rechercher, analyser, sont par là même mis en difficulté lorsqu’ils veulent essayer d’atteindre spontanément l’extase mystique.

Namo O-mi-tu Fou, Vénération du Bouddha Amitabha,

Personnification de la Lumière Infinie, le plus pratiqué de tous les « nien fu », était une pensée conceptuelle, mais utilisée de la même façon que les mystiques de l’Eglise orthodoxe se servent de la prière de Jésus, comme une pensée transcendante pour entrer en communication avec Ce qui Repose en Chacun de Nous.

En tant que manifestation du shabda, le Son Sacré, les mantras ont des qualités communes avec la musique religieuse tibétaine qui fait écho tantôt au bruit du vent sur les sommets, tantôt au rugissement des torrents, tantôt au fracas du tonnerre.

Le mantra OM MANI ADME OM, est gravé sur des pierres qui ornent les routes, sur des murs, sur des rouleaux de soie ou de papiers, écrits des centaines ou des milliers de fois,  à l’intérieur des moulins à prière….Ainsi, le corps, l’esprit et la parole sont engagés par ce mantra, appelé Mani.

C’est le mantra du Bodhisattva Avalokiteshvara, le Compatissant Suprême, le plus populaire des Bodhisattvas, les « promis à l’éveil » du bouddhisme mahayana (« Grand Véhicule »)

Au Tibet, il est la divinité la plus populaire; il porte le nom  Cherensig, ou Chenresig. Il est considéré comme le protecteur du Tibet où le roi Songtsen Gampo et les dalaï-lamas sont vus comme ses émanations.

On le représente généralement sous les traits d’un bel homme, doté de plusieurs têtes et bras. L’iconographie bouddhiste connaît 33 représentations différentes d’Avalokiteshvara, qui se distinguent d’après le nombre de têtes, de bras et la nature des attributs du personnage.

On le montre souvent avec mille bras et mille yeux, onze visages et mille bras, etc.

La puissance opérative des mantras est en liaison avec certains éléments de la conscience en-dessous du niveau de la pensée conceptuelle.

Les mantras semblent agir de l’intérieur, par l’intermédiaire de l’être même de l’opérateur, en lui inspirant une telle confiance qu’il peut faire face à toutes les circonstances qui se présenteront à lui.

Cela ne contredit pas deux idées soulevées par l‘Occident :

  1. Toutes les maladies présentent un caractère psychosomatique
  2. Il existe des moyens d’ordre psychosomatique pour réduire la propension aux accidents.

Les adeptes du Vajrayana , bouddhisme tantrique , se consacrent à  la perception spirituelle de la Vérité Absolue, avec des méthodes qui sont plus magiques que scientifiques.

Ils soutiennent que ce qui est imaginé, par conséquent issu de l’esprit, est aussi vrai que le monde matériel, qui lui aussi est né de l’Esprit.

La Vérité Absolue repose sur la non-dualité indivisible et non mesurable, entrevue par l’intuition, mais impossible à appréhender à l’aide de la pensée conceptuelle. D’où ce besoin, pour le yogi, d’une imagerie vivante lui servant de support pour sa contemplation.

Ce support doit revêtir l’Intangible de formes et de couleurs sur lesquelles l’esprit peut s’appuyer dans sa lutte pour se libérer des ornières du tangible où s’est embourbé le mental. Dans ces conditions, l’imagination sera plus précieuse que la pensée. C’est l’expérience intuitive directe.

Depuis Jung, on sait bien que l’imagerie de la tradition est un immense réservoir de significations psychologiques.

Le Yidam est la divinité qui réside en nous. Regarde en toi-même, car nulle force ou déité ne pourra t’aider à atteindre l’Illumination par un moyen extérieur. Ton propre esprit constitue la seule source de sagesse et de pouvoir yogique. Ton esprit est aussi l’Esprit, la vraie substance de l’Immuable, de l’Intemporel et de l’Illimité. Substance non duelle, l’Absolu lui-même !

Visualiser en soi-même une divinité qui personnifie le Soi, sous la couche illusoire de l’égo, comme un support de méditation, personnifie les potentialités divines dont chaque créature est dotée.

Chaque Yidam a son mantra.

Les mystiques chrétiens ou musulmans, lorsqu’ils conçoivent leur expériences à la lumière de leurs propres

dogmes, parlent de l’atteinte de l’Union avec Dieu,

alors que les bouddhistes ou les taoïstes Se réfèrent à la réalisation du Nirvana et du Tao.

Il y a une différence entre atteindre et réaliser.

Atteindre suggère une barrière entre le but et le dévot ;

réaliser implique une union, qui en fait, n’a jamais cessé d’exister, mais qui, masquée par l’illusion de l’égo, demeure inaperçue tant que la réalisation n’est pas intervenue.

Quels qu’en soient les termes, l‘expérience véritable reste la même, elle est le produit de la Vérité Ultime.

Pour le Bouddhisme, qui ne reconnaît aucun Dieu personnel et tout-puissant, à qui il faille plaire, l’atteinte doit avoir lieu à l’intérieur du dévot.

Le samsara n’est rien d’autre que le flux universel de la Vie dans lequel tous les êtres sont condamnés à errer, aussi longtemps que l’illusion de leur ego qui leur fait croire à une existence indépendante, persistera dans notre monde, lui-même fraction infinitésimale de l’Univers en son entier.

Le Nirvana est l’ultime « être-non-être », au-delà de toutes les conceptions humaines, qui ne pourra être atteint que lorsque le dernier lambeau de l’illusion égocentrique sera arraché.

Samsara et Nirvana ne sont pas deux choses différentes, il y a un écoulement de l’illusion, une reconnaissance brutale que les choses sont ce qu’elles sont en réalité, et une révélation de la véritable nature du moi et de tous les mois qui pourraient jamais exister.

« Je suis Bouddha » c’est percevoir en soi-même l’adorateur et l’Objet de l’adoration, l’individuel et l’Universel.

De cela découle trois obligations :

  • Traiter tous les êtres vivants, comme l’émanation de l’Essence Sacrée.
  • Reconnaître que tous les sons participent du Son Sacré.
  • Se rappeler que dans l’Univers, rien n’est autre que Nirvana, quels que soient les nuages de l’illusion.

Pour éviter que ce concept libérateur, « Je suis Bouddha » ne devienne dangereux, mal compris, il pourrait gonfler l’ego, au lieu de le diminuer, la Vérité absolue ajoute : « Je » n’existe pas….

Accepter la doctrine de la divinité en nous nécessite un long chemin, une longue route qui commence et se termine dans les limites d’un crâne humain.

Les mantras représentent une partie des habiles moyens mis en jeu pour commencer le voyage.

Le mantra-yoga  nécessite l’adoption d’un Yidam, une forme dans laquelle se trouve personnifiée la divinité intérieure, l’univers contient chaque être, chaque être contient l’univers.

S’attacher à la beauté et fuir devant l’horreur, empêche de s’élever au royaume de la non dualité.

Il ne faut pas « un » mais « deux » pour accéder à « ni l’un ni l’autre ».

L’étymologie du mot « yoga » signifie « union », on est loin des exercices de gymnastique, ne perdons pas de vue que le véritable yoga est avant tout une discipline mentale dont la finalité est le déclenchement de l’expérience mystique reconnue par les bouddhistes comme l’Illumination suprême.

HOM AH HUM : mantra de soutien
LE MANTRA DE PADMASAMBHAVA : Gourou Padmasambhava est réputé être l’un des grands sages les plus extraordinaires de l’histoire Bouddhiste. Gourou Rinpoché, l’un des plus grands adeptes de l’Inde Bouddhiste, est considéré comme le fondateur historique du bouddhisme tibétain. Padmasambhava fut un maître historique : on dit que c’est lui qui a réussi à convertir le Tibet au bouddhisme. Il fut un célèbre érudit, méditant et magicien et son mantra rappelle sa nature riche et variée.

Le mantra de Padmasambhava possède une puissance de paix et de guérison, de transformation et de protection incomparable.

Récitez-le doucement, avec une attention profonde, et laissez votre souffle, le mantra et votre conscience, graduellement ne faire qu’un. Ou bien chantez-le avec inspiration et détendez vous dans le profond silence qui s’ensuit parfois.

OM représente le CORPS, AH la PAROLE, et HUM L’ESPIRT.

https://www.youtube.com/watch?v=VeucvN2mRc4

Il remplit trois fonctions majeures :

  • purifie l’atmosphère rituelle avant de s’engager dans la pratique principale.
  • Transmue les offrandes matérielles en leur contrepartie spirituelles
  • Sert de compensation pour un mantra que l’on aurait oublié ou que l’on ne saurait pas.

La vraie signification des mantras, bien qu’ils puissent être employés à des fins diverses, leur vocation la plus noble est de placer l’adepte en face de sa propre divinité.

Par comparaison, tous les autres buts sont insignifiants.

C’est la croyance en l’efficacité du mantra qui le charge de pouvoir.

 

Peu de communautés religieuses dans le monde croient dans les pouvoirs de création et de transformation du son.

La doctrine hindoue croit dans la puissance du shabda, le son sacré.

https://www.youtube.com/watch?v=o-SD9hXIyGg

Confucius, il y a 2500 ans affirme que la musique est essentielle au gouvernement d’un état.

Des sectes tantriques hindoues croient qu’une énergie sonore suprême était à l’origine de la création de l’Univers.

L’air est le véhicule du prana,

le son est celui de shabda.

Le lama Govinda enseigne que les vibrations subtiles (du mantra) sont amplifiées par des associations mentales et se cristallisent autour d’elles par le relais de la tradition et de l’expérience individuelle.

Il s’ensuit que la prononciation est beaucoup moins importante que l’acte mental qui l’accompagne. Le son subtil allié au pouvoir mental peut réveiller des forces endormies dans l’esprit du manipulateur.

Mais alors que

 le mental séparé du son subtil peut rester hautement inefficace,

l’inverse n’est pas vrai.

 

 

Les mantras n’ont pas que des sonorités, ils ont aussi des couleurs et des formes.

La forme, ou l’image ou le symbole qui lui sont associés, doit être invoqué pendant la récitation, car cette image est dépositaire de toute l’énergie psychique, émotionnelle et spirituelle, dont l’adepte l’a chargé au long de ses nombreuses années de pratique du yoga, associée à l’énergie psychique accumulée par tous les adeptes qui se sont concentrés sur cette image ou ce symbole particulier, dès les premiers temps de son existence (cf Jung et les archétypes).

L’intention de l’adepte déverrouille les puissances du mental. C’est la répétition de ces syllabes, sans signification conceptuelle, qui permet d’évoquer instantanément dans son mental, les qualités psychiques qu’il associe par entraînement.

La puissance shabdique ne réside pas dans le son réel mais dans le son archétypal qu’il représente.

 

Les maîtres hindouistes du mantra-yoga, attachent une extrême importance à la justesse du son et de la vibration.

Il est enseigné que

  • L’univers est le « jeu de l’Esprit dans l’éther de la Conscience »,
  • Que l’Esprit issu de Dieu, est devenu le Dieu-Son,

les myriades d’objets remplissant l’Univers étant des créatures du son, ou plus exactement du shabda.

  • L’aspect féminin (actif) de Dieu peut être évoqué à l’aide de la parole.
  • L’aspect masculin (passif) de Dieu ne peut être approché que par le silence.
  • L’énergie créatrice divine donne naissance au corps subtil du son (shabda), lequel à son tour devient une vague que l’on peut entendre.
  • L’Univers entier dérive de OM, la totalité des sons.

Il y a quatre plans du shabda :

  1. Celui qui n’est ni son, ni silence, mais transcende tous les deux
  2. Celui qui ne peut être entendu ni même imaginé mais seulement expérimenté dans un état de conscience yogique
  3. Celui qui peut être imaginé mais pas entendu, car il ne se manifeste que dans le rêve et la vision
  4. Celui qui est parole et simple bruit.

A l’aide du mantra OM, on peut revenir du quatrième plan au premier.

Chaque bruit possède la triple nature du son, de la forme, de la perception.

Chaque syllabes mantrique est en étroite correspondance avec l’idée qu’elle représente : par la prononciation correcte et sans réfléchir aux syllabes mantriques, on peut se hisser jusqu’à Dieu.

Pour les bouddhistes, un tel enseignement est trop ésotérique, métaphysique, ils s’attachent plus aux applications pratiques de la Connaissance Sacrée qu’aux théories sous-jacentes.

Rien dans cet Univers mentalement créé n’est jamais comme il apparaît, le temps perdu en spéculations sur le « pourquoi » des choses serait mieux employé à expérimenter le « quoi ».

Que la pluie soit produite par des dragons célestes, comme le croyaient autrefois les Chinois, ou par la condensation de la vapeur, cela ne change rien à l’effet pluie. Dragon ou non, s’il n’y a pas de pluie, il n’y a pas de moisson il n’y a pas de vie !

La foi dans l’efficacité des mantras est un facteur primordial de réussite.

Chercher à connaître la signification des syllabes qui composent le mantra est légitime, mais ne pas trop s’y attarder, sinon, on pense avec des concepts, et cela nuit à l’évolution yogique.

Les mantras appartiennent au royaume de la non-pensée, familier aux adeptes du Zen.

On doit transcender le dualisme objet-sujet, et se soustraire aux fascinations du raisonnement logique.

Si l’on se fixe sur le sens, il barre la route à la réalisation.

Ecrire un livre sur les mantras, c’est comme attraper l’air avec un filet, attraper l’Ineffable.

Laissons à la vie et à la nature leur merveilleux mystère…

https://www.youtube.com/watch?v=ImD9ZVhFmFU

Créer le silence et l’écouter, sur des rythmes de respiration codifiée, dans une posture calme, immobile pour ressentir les mouvements à l’intérieur.

Méditation = Concentration = vigilance, présence dans la durée