Le Seigneur et le Satan, au-delà du Bien et du Mal, Annick de SOUZENELLE, Albin Michel, 2016

L’Arbre de la Connaissance n’est pas celui du Bien ou du Mal, mais celui de ce qui est « accompli » de l’Homme (homme et femme) et « non encore accompli » de lui.

Le MAL n’existe pas, mais seulement le « non TRANSFORME ».

En ce temps de profond chaos, pour calmer l’ivresse de cet Icare aux ailes artificielles, devenu fou de sa propre gloire, il semble que le silence doit être levé, de toute urgence.

Dans notre monde, entre ceux qui se ruent sur l’Avoir, pour fuir son vide, inversant toutes les valeurs, confondant le bien et le mal, et ceux qui plongent en son vide intérieur, en découvre la plénitude, et « au-delà du bien et du mal », va vers l’Etre qui est Parole, Émerveillement…

Du BIEN et du MAL :

Ce n’est pas la FEMME qui est sortie de la côte d’Adam, mais le FEMININ, intérieur de tout Adam (tout être humain), son autre côté, que dans un processus de différenciation, Dieu a séparé de l’Adam, pour que ce dernier en prenne conscience et l’épouse.

Il est de toute urgence de comprendre que la femme comme l’homme est un ADAM et que l’un et l’autre ont à faire œuvre mâle dans le féminin de leur être, soit pénétrer la partie « inaccomplie » de leur intériorité pour en faire de l’ « accompli » et construire l’Arbre de la Connaissance, ou de monter l’échelle parcourue d’anges qui montent et descendent et remontent encore, jusqu’au sommet où se tient notre Seigneur.

« L’observation imprécise voit partout dans la nature des contraires (chaud/froid), alors qu’il n’existe pas de contraires mais des différences de degrés.

Cette mauvaise habitude nous a induits à vouloir aussi comprendre et analyser en fonction des pareils contraires, la nature intérieure, le monde moral et spirituel.

On ne saurait dire combien de propensions à la douleur, d’arrogance et de dureté, de froideurs distantes sont ainsi entrées dans la sensibilité humaine, du fait que l’on pensait voir des contraires, au lieu de transitions. » (Nietzsche)

Actuellement (Nietzsche date du XIXème siècle) nous ne parlerons plus de transitions, évoquant trop une suite linéaire, mais plutôt de changements d’état, de verticalisation, progression, de la glace à la vapeur.

Le jalon que je pose sur le chemin de l’Homme, repose sur le mot hébreu : Zera, la semence.

Au deuxième jour de la création,

« Dieu voit que cela est bon » (Tob), permettez-moi de traduire :

«  Et Dieu voit parce que c’est accompli »,  Dieu voit la semence devenue fruit.

Le mot Tob n’est ni  le « bien » ni le « bon », mais « l’accompli ».

Le mot Ra’ : l’inaccompli c’est-à-dire le trésor d’énergies potentielles qui peuplent le féminin de l’être.

« Le monde entier est en toi, et toute l’humanité qui le récapitule. »

L’humanité, image de Dieu est UNE, le multiple est UN : chacun est responsable de soi est aussi du collectif. Plus je vais vers moi, le UN, la source de mon être, plus je vais vers les autres concernant leur accomplissement, voire à celui de l’humanité toute entière.

Le mariage Tob-Ra’ : le mythe de Tobie

Le nom de TOBIE est construit sur la racine « Tob », « l’Accompli », de l’arbre de la connaissance.

Au Vème siècle, avant notre ère, Tobie est un Israélite déporté en Babylonie, marié à Anne. Pour compenser sa situation d’exil, il obéit plus strictement que jamais à la loi de son peuple, se décentre de lui-même, perd sa rectitude intérieure, estime ne pas avoir droit au bonheur. Tobie est devenu aveugle, son fils, Tobit lui rend la vue, après une chemin initiatique.

Tobie a les yeux fermés aux valeurs du monde, pour les rendre sensibles à celles de son Seigneur. Ceux qui racontent ce récit sont aveugles à ce chemin.

Actuellement, nos pays si cruellement endettés n’objectivent pas le fait que personne n’a commencé de payer ses dettes intérieures, personne n’a été instruit des mariages qui doivent être accomplis dans les profondeurs de l’être. Cela ressemble à une plaie de notre Egypte occidentale actuelle.

Nous ne savons pas lire nos misères intérieures. Nous surfons sur tout.

« J’étais une perle cachée ;

j’ai voulu me faire connaître,

alors j’ai créé le monde pour voir et être vu. »

(Hadith des soufis)

Voir et être vu comme dans le regard de deux amants, un même désir, faire s’étreindre les regards qui portent l’âme et percent le Ciel.

La nature infinie de l’amour ne peut que se briser au vide…à l’infini de l’amour. Et c’est dans ce vide qu’il faut aller pourvoir et être vu.

L’Adam, conscient de ce vide se retourne vers lui : alors il voit et est enseigné. Ce vide est son féminin voilé.

Rupture dans le créé. Intimité des « deux de la rupture. »

Il nous faut donc visiter nos cieux intérieurs.

L’étendue des cieux n’induit pas une vision horizontale, elle est une sorte de cordon ombilical, vertical,  qui réunit les eaux d’En Haut, incréées (mystère divin) et les Eaux d’En Bas (mystère du créé), tout entier récapitulé dans la part « inaccomplie » de l’Homme, son inconscient.

C’est un abus de langage d’appeler « cieux » les eaux d’En Haut, soit le monde divin, incréé, dans lequel il n’y a pas de dualité.

Le transcendance est dans l’immanence, l’immanence dans la transcendance (inter-être ?)

Les « deux de la rupture » : au quatrième jour de la Genèse, Dieu sépare le soleil (Yod), de la lune (Noun)

Le mythe de Job nous montre l’étroite intimité qui unit le Seigneur au Satan ontologique, le soleil à  la lune.

Ce n’est pas le UN incréé que le Dieu créateur sépare au quatrième jour de la Genèse, en deux luminaires (le grand luminaire : le soleil ; le petit luminaire : la lune), ce UN est insécable.

Il s’agit du UN qui atteint au divin, venant du créé, venant de l’Homme qui parvient à « JE SUIS ».

L’Homme devenant son NOM personnel, unique peut alors dire, avec le Christ :

« Avant qu’Abraham fût, je suis. »

(Jean, 8.58)

Le fruit de l’Arbre de la Connaissance que devient l’Homme, participant alors de l’éternité, précède la semence qui lui donne naissance dans le temps.

L’Homme en son NOM est là avant qu’il ne le devienne ; son Seigneur est présent en lui avant qu’il n’atteigne à cette dimension.

Il faut donc que l’Homme soit avant de commencer d’être et qu’il dispose des outils avant de les conquérir.

C’est à partir de l’incréé, créé, le UN qu’est l’Homme en son Seigneur, celui qu’il est et qu’il doit devenir, que le Dieu créateur sépare et le Satan, le soleil et la lune.

D’ailleurs Dieu ne crée pas, mais il fait les « deux grands de la rupture » et il ne fait qu’à partir du créé.

Si Dieu sépare, il réunit aussitôt ; dans l’instant d’éternité, il réunit. Mais si Dieu seul sépare, c’est avec l’Homme qu’il réunit, intègre et ressuscite Fruit de l’Arbre de Vie.

Approche de la fonction ontologique du Satan :

Mickaël, chérubin de la Sagesse, et Satan, séraphin de l’intelligence, président à l’épreuve de croissance de tout être. Quand l’être est vainqueur, le pôle « accompli » croît, et le pôle « inaccompli » décroit.

Chaque degré de l’Echelle Sainte est une « terre nouvelle » construite à partir des « cieux nouveaux ». Elle s’appuie sur les deux colonnes structurantes que sont la Sagesse et la l’Intelligence. 

A chaque étape, il (le Satan) tente de faire frontière, de séduire l’Homme de le reconduire dans l’indifférencié, dans la noyade des eaux.

Le Satan, dans sa vocation ontologique, travaille avec le Seigneur, dans une étroite intimité pour conduire l’Homme de l’image à la  ressemblance divine, la déification de l’Homme.

L’Homme est appelé à  nommer chaque énergie animale que le Satan lui présente, ce qui constitue pour lui une épreuve : la reconnaissant, il doit lutter avec elle, et non plus contre elle, ce qu’il fait dans la première partie de sa vie, en croyant lutter contre le mal.

Cette énergie peut devenir un démon, à moins qu’elle ne soit travaillée jusqu’à devenir l’ange d’une information nouvelle.

Nommer l’énergie, la prendre en main, en devenir le maître, sans la refouler.

Le refoulement laisse l’énergie accroître sa charge négative qui continue de détruire l’être, et risque de frapper plus tard, dans un acte totalement incontrôlé.

L’amour est la SEULE arme :

« Seule la  force de l’Amour permet les mutations. »

(Cantique des Cantiques)

Un amour créateur, libre de tout égo, d’ordre physique (il a vu et nommé l’animal dont il a été l’esclave) et spirituel (il voit au-delà de l’animal, l’âme).

Le déroulement du processus d’intégration des énergies présentes dans le féminin de l’être, dans la part subtile du corps de l’Homme : ces énergies livrées entre les mains divines, deviennent connaissance.

Chaque élément (membre et organe) de cette part secrète est symbolisé par ceux du corps physique, que nous pouvons analyser concrètement.

Dans le dessin du corps divin, l’Arbre des Sephirot, transmis par le courant mystique de la tradition juive, les deux colonnes du temple intérieur de l’Homme, ces deux énergies divines, se nomment :

Sagesse et Intelligence.

Les trois triangles, trois étages, trois étapes de la dynamique de vie de l’Homme,  structurent ce corps divin. Comme trois matrices dans lesquelles chacun et chacune est appelé à assumer une gestation croissante divine, à partir de sa nature animale de départ.

le triangle supérieur : matrice du crâne, se reflète (pointe en bas du triangle)  une première fois,

sur la matrice de feu (thorax), une deuxième fois

sur la matrice d’eau (abdomen)

La situation d’exil que nous vivons en ce monde se présente comme un retournement total de l’intérieur vers l’extérieur, comme on retourne un gant dont la droite devient la gauche et vice versa.

De sorte que le plus intime de l’être, la chair, noyau fondateur de l’Homme est devenu le corps.

L’Adam de l’exil n’a plus aucune conscience de sa chair des profondeurs. La chair n’étant plus pour lui que sa « tunique de peau ».

Il n’a aucunement conscience qu’en abîmant son corps, il mutile sa semence divine. En l’idolâtrant, il se rend plus étranger que jamais à son identité divine.

A l’inverse, en le soignant et l’usant avec justesse, il rétablit le contact avec elle.

Le Satan, devant le Seigneur propre à chacun de nous, se révèle être le bouclier devant l’Epée : il fait l’épreuve pour qu’en elle l’Homme discerne et nomme l’énergie appelée à être amenée au feu divin, puis il broie l’énergie et la livre au Seigneur qui achève le grand œuvre.

L’énergie donne alors son information qui est connaissance et amour.

Si l’Homme succombe à l’épreuve, il donne tout pouvoir au Satan : le broyeur le broie en place de l’énergie.

L’épreuve est incontournable.

L’Adam et le Satan, auteurs de l’exil :

Satan est le gardien du seuil de chaque étape de croissance de l’Homme.

Le fruit de la Connaissance est interdit à la consommation car « tu es un mutant, sinon, tu muteras » si l’Adam mange ce fruit avant d’être devenu Homme, il mutera en régression, on parlera de chute, plutôt d’exil de son monde intérieur.

Le Satan diabolique, le Mal :

Une personne mangée par une colère de jalousie, ligotée par le démon de la possession, est en perte totale de lucidité. (Qaïn). L’égo est conforté et l’identité divine est tuée symboliquement.

Le Malin règne, ses ruses séduisent l’Homme qui se laisse enfermer dans une lumière extérieure privée de toute référence à la lumière divine, et qui par rapport à cette dernière n’est alors que ténèbres.

Le diviseur coupe le créé de l’incréé, le multiple du UN, laissant le créé s’émietter sans ordre, dans une horizontalité rampante, où ne règne pour l’Homme que l’illusion de sa réalité souveraine.

L’Homme esclave du Satan qui le confine dans la logique d’une prison binaire, est conduit par son maître dans des situations inextricables, douloureuses, infernales, source de mal et de jugements.

2030 serait la date que certains scientifiques avancent pour la victoire certaine et définitive sur la mort ! Pauvres chenilles que seront alors les Hommes, tenues définitivement prisonnières de leur cocon, enchaînées à un monde diabolique coupeur d’ailes et de lumière de papillon.

L’Homme ne doit-il pas laisser sa « tunique de peau » pour revêtir sa « robe de lumière » ?

Le blocage de cette mutation serait la vraie mort hideuse et redoutable, celle de l’âme.

J’ai été attaquée 4 fois par le Satan, voici l’une se ses tentatives :

Face à un abandon d’un ami très aimé, j’ai vu surgir le monstre capable de tuer, j’étais devenue folle de rage. Mon éducation seule me retint, l’animal était en prison, mais pour combien de temps ? Il n’en était pas moins violent et capable de faire sauter les verrous….j’entendis une voix me dire :

« Si tu l’aimes

tu dois le laisser libre

sinon

tu n’aimes qu’une chose

c’est qu’il t’aime »

Le 10 janvier 2015, l’horreur s’est écrit dans les rues de Paris.

Une unité s’est faite parmi les Hommes devant l’inacceptable, une communion de cœur, enfin une unité !

Faut-il que ce soit dans  l’indignation que surgisse ce UN ?

Je m’unis dans la prière pour toutes ces victimes, je dis bien toutes, même les tueurs tués.

Nous vivons une profonde mutation, nous changeons de paradigme. Ce nouveau paradigme nous dévoile des lois connues par les grandes traditions du monde : l’humanité est UNE.

Tous les êtres sont aussi en moi, bien que chacun d’eux et moi-même soyons uniques.

Les monstres sont en nous, et les tueurs ne sont que les jouets de ces monstres.

La racine de l’être, plus profonde et plus puissante encore, est ce noyau divin, indestructible. Or c’est en lui que l’Homme est UN, en lui seul qu’il est invité à se reconnaître UN avant d’être totalement anéanti par les forces qui le divisent.

C’est dans l’amour que l’Homme pourra vaincre.

Le symbolisme du serpent :

Animal redoutable à la blessure mortelle, le serpent rampe et se glisse dans les replis secrets de nos cœurs, son énergie est la plus contradictoire qu’il nous soit donné de méditer.

En le verticalisant, il devient « serpent des serpents », celui qui guérit toute blessure, le Seigneur, le Christ.

Cette intimité des deux serpents, l’un qui mord, l’autre qui guérit, nous fait accéder à une sagesse plus haute, nous guérit de la morsure  manichéenne d’un enseignement biblique culpabilisant.

Cette image peut se relier à celle de l’ADN, double hélice présente au cœur du corps. Ces deux hélices se dédoublent pour communiquer.

Le principe vital pour toute forme de vie, dans les cultures chamaniques ou animistes, ressemble à deux serpents entrelacés, ou une vigne, une corde, une échelle…

Le Fils de l’Homme et le Satan, le Soleil et la Lune réunifiés :

Le fils de la femme est celui ou celle que nous sommes tous, conçus de l’union charnelle d’un homme ou d’une femme, en terre d’exil, c’est-à-dire d’êtres dits tous deux « femelles » selon l’ordre ontologique : ce n’est pas en faisant œuvre mâle en eux –même, en se souvenant de leur féminin intérieur respectif et en le pénétrant qu’ils conçoivent l’enfant, mais en s’unissant tous deux selon l’ordre animal de l’exil.

Chacun de ces deux géniteurs est porteur d’une semence divine, qu’ils ont commencé à faire croître en eux, ou pas. L’enfant sera donc porteur d’une semence divine qui lui est propre, unique : elle est sa chair, dépositaire de son NOM secret et formatrice de son corps.

Cette semence est celle du Fils de l’Homme. Fils ontologique, intérieur à l’Homme.

Il semble clair que l’humanité entame son septième  mois de gestation, faisant écho au septième jour de la Genèse : « Dieu détruit l’œuvre qu’il a faite. »non l’œuvre qu’il a créé, mais ce qui a été fait d’elle dans le faire divino-humain.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de croire ou ne pas croire, mais de DEVENIR.

L’union spontanée qui s’est faite autour de ce qui s’est produit en janvier 2005, en France, doit se refaire non plus dans l’émotion, mais dans la conscience de sa responsabilité, à se savoir soi-même acteur du drame et à rétablir au plus vite l’ordre divin « sur la terre comme au ciel. »

« Ton soleil ne se couchera plus, ta lune ne s’obscurcira plus, car le Seigneur sera ta lumière, toujours ! »

« L’amour est survenu,

comme le sang il coule dans les veines

il m’a vidé de moi

il m’a rempli de l’Aimé

l’Aimé a envahi chaque parcelle de mon être

de moi il ne restait plus qu’un nom

tout le reste, c’est Lui. » (Rûmî)

« Qu’auraient à craindre du crépuscule

Le soleil et la lune ?

Cela te semble crépuscule

Et c’est pourtant l’aurore. » (Rûmî)