RACINES de l’orthophonie et du Shiatsu

1.1 Origines de l’orthophonie
1.2 Origines du shiatsu

1.2.1 La main, le toucher

1.2.2 Le shiatsu

1.3 Notions de médecine chinoise

 

1.1  Origines de l’orthophonie :
DEFINITIONS, CHAMPS D’APPLICATIONS :

 

Bien que l’intérêt pour les pathologies du langage remonte à l’Antiquité. Démosthène, orateur grec aurait tenté de guérir son trouble de la parole en parlant avec des cailloux dans la bouche….
C’est en 1828 que le docteur Marc Colombat, de l’Isère (1797-1851), spécialiste « des vices de la voix et des troubles de la parole », inventa le terme orthophonie, à l’occasion de la constitution de l’Institut orthophonique de Paris, au sein duquel étaient traités les troubles de la parole (trouble de l’articulation, bégaiement, surdité) et non pas ceux du langage.

Il a fallu attendre près de 1OO ans, en 1927, la venue de Mme Borel-Maisonny, phonéticienne et grammairienne, pour que cette discipline prenne réellement son essor par le biais d’un remaniement de son champ d’application et notamment par l’indication des bilans et de la rééducation des troubles du langage. C’est elle qui inventa les protocoles de bilans et des rééducations de troubles du langage

L’enseignement de l’orthophonie débuta en 1955.

La profession ne fut reconnue que très tardivement: en 1964 avec la création d’un statut professionnel d’auxiliaire médical et du diplôme national.

Le CCO = Certificat de Capacité d’Orthophonie.

 

Actuellement, le CCO s’obtient après 5 années d’études, depuis le 25 janvier 2013, le ministère de la santé ainsi que celui de l’enseignement supérieur ont accordé le grade Master aux études d’orthophonie.
L’étymologie de ce terme puise ses sources du grec ancien :

ὀρθός (orthos),  « droit »

φωνή (fonè),  « voix »
Cela relèverait de l’Art de prononcer correctement, de corriger les défauts de prononciation.
L’orthophoniste serait donc un (la dominance féminine est toujours écrasante : 95,54 % de femmes, et 4,46 % d’hommes…) thérapeute qui prend en charge les troubles de la communication orale et écrite, chez l’enfant, l’adolescent, la personne adulte ou vieillissante, dans un but de prévention et de réadaptation.
L’orthophoniste est un auxiliaire médical qui entreprend un bilan orthophonique sur prescription médicale.
A ce titre, il travaille en liaison avec les médecins généralistes ou spécialistes : oto-rhino-laryngologistes, pédiatres, psychiatres, neurologues, médecins de réadaptation fonctionnelle, gérontologues etc…
L’orthophoniste ne doit jamais perdre de vue qu’un déficit dans le domaine du langage est à replacer dans l’ensemble de la personnalité du sujet.
Le contexte d’apparition du trouble, son évolution, son retentissement, la motivation du sujet ainsi que la coopération de la famille doivent être pris en considération.

Les modalités de la rééducation peuvent être très différentes, en fonction des cas, de l’origine du déficit, de sa spécificité, et de la personnalité du patient.

L’orthophoniste prend en charge le patient de façon diversifiée. Ceci nécessite une approche personnalisée de manière à faire naître un besoin d’échange, chargé d’une signification affective dans la relation à autrui, qui permette l’enrichissement, l’affirmation et l’épanouissement du langage par sa réalisation même.
La rééducation apportera aussi évidemment au sujet, par ses techniques spécifiques, les moyens de mieux percevoir, de mieux comprendre le code oral ou écrit afin d’améliorer la communication, qu’elle soit verbale ou non verbale.

 

Obligation de la diversité des techniques, non du résultat !

 

La petite histoire, dans la grande histoire : j’ai obtenu mon diplôme d’orthophonie en 1988, après un bac scientifique, une licence en Lettres Modernes, mais surtout, un passage bénéfique dans le monde du travail : l’univers des enfants sourds, et la remise à niveau, en français et en mathématiques, pour travailleurs étrangers, au chômage, dans un centre socio-culturel.

Avant ce parcours professionnel, j’ai reçu comme cadeau paternel de naissance, une dyslexie-dysorthographie….et comme cadeau maternel : une maman rééducatrice de dyslexie.

Je ne pouvais que finir orthophoniste, non pas pour me « réparer » mais bien pour aider et comprendre de l’intérieur et de l’extérieur, de façon analytique, scientifique, objective, cette pathologie particulière, ce mode de pensée singulier.

Ma différence particulière est en bonne voie de compensation : l’accès au sens textuel ne me pose plus de problème, quant à l’orthographe, elle reste aléatoire, en fin de semaine, mais je suis la reine des synonymes !

Je vous propose deux exemples d’entrée particulière dans le langage oral « qui ne fait pas sens » :

Ma maman, catholique pratiquante, en passant devant les cimetières, en voiture, répétait une prière « magique » pour moi, où il était question des « âmes trépassées », ce qui ne faisait pas du tout sens à mes oreilles de petite fille. Je  fabriquais donc un sens, élaboré avec du « connu », phonologiquement proche : « trépassé-repassé,» et j’organisais, dans mon cerveau en construction, une histoire de personnes repassant l’âme des morts…enfin du sens !

Le « bouc émissaire » reste aussi un souvenir savoureux, aucun sens ne venait donner vie à cette expression, alors, riche de ressource, j’y collais un « bouquet misère », qui, avouons-le bien que loin du sens propre, apportait un sens figuré, imagé, pour le moins intéressant !

Il me semble que cette altérité, cette capacité à entrer de façon particulière dans le langage, donc dans le découpage de la réalité, du monde, m’a donné une appétence particulière vers « ce qui n’est pas comme moi », vers la différence, la diversité :

 

« Celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit »

affirme Saint Exupéry.

 

 

 

1.2  Origines du shiatsu :

 

shiatzu symbole

Mot japonais : Shi” signifie doigt et “atsupression.

Comme son nom l’indique, la construction même du mot évoque le toucher, au moyen des doigts, avec une  qualité de  pression.

Avant de partir à la recherche historique de ce soin manuel, au pays du soleil levant, il me semble juste de remettre en perspective cette notion du toucher, qui n’a pas de nationalité, pas plus que de date originelle !

 

 

 

1.2.1 La main, le toucher

 

Prenons le temps de nous interroger sur l’importance

du TOUCHER,

de la MAIN

de L’HAPTIQUE, la science du toucher.

Le sens du toucher est concentré dans la main : toucher signifie prendre contact avec quelqu’un ou quelque chose par le mouvement, or, seule la main se déplace.

Le toucher dans sa dépendance à la peau est le sens le moins vulnérable : quand la vue ou l’ouïe sont altérées, le tact permet encore une interaction fine avec le monde environnant.

Au cours de l’évolution, la sensibilité tactile, étendue à tout le revêtement cutané, atteint sa perfection dans la main. Chez les hominidés, la station et la locomotion verticales deviennent permanentes, et constituent le facteur essentiel de l’hominisation, donc,  de la transformation de cerveau et de la main.

Dans l’évolution phylogénétique, la main et le cerveau ont progressé parallèlement, de l’Homo habilis à l’Homo sapiens. La main est en définitive ce qu’est le cerveau : elle ne travaille pas si le cerveau ne la dirige pas.

La libération de la patte, de son rôle locomoteur, permet sa transformation en main : plus d’appui au sol, plus de suspension dans les arbres, elle devient un organe de tact, de préhension, fonctions jusque-là remplies par la mâchoire et les lèvres. La main de l’Homme, dégagée de toute fonction portante du corps est libre, elle devient « l’instrument des instruments » (Aristote).

Aucun animal n’atteint la qualité perceptive de notre toucher « manuel ».

A la naissance, c’est le premier des cinq sens à se développer même s’il ne s’agit pas d’un sens indépendant des autres. C’est par  le toucher que le bébé fait connaissance avec le monde extérieur, c’est par la peau et par la bouche que s’établit le premier contact. La main est le siège de la sensibilité superficielle et de ses modalités tactile, thermique, algique.

N’oublions pas que la valeur moyenne de la surface corporelle, de la peau,  est de comprise entre 1,5 et 2m2, chez l’homme adulte. C’est la peau qui informe en permanence le cerveau, grâce à de nombreux capteurs spécialisés responsables de la perception de la température, de la pression, du toucher. Ces capteurs se trouvent  surtout au niveau du derme superficiel, mais des terminaisons nerveuses se prolongent, à travers l’épiderme, jusqu’à  la surface de la peau. La densité de ces capteurs est très variable et passe de 5 à 10 capteurs par centimètre carré jusqu’à 2 000 capteurs par centimètre carré au niveau des doigts, région du corps où le toucher est particulièrement sensible.

 

Les aires corticales primaires, dites somatosensitives, et secondaires dites somatopsychiques, de la sensibilité de la main sont situées sur la circonvolution appelée pariétale ascendante.

L’étendue de la représentation de la sensibilité cutanée sur l’écorce cérébrale correspond à l’importance fonctionnelle (et non pas anatomique) des territoires :

la main, et surtout le pouce et l’index, a une surface corticale supérieure à celle du tronc et des membres inférieurs.

 

« Il y a trente muscles dans la main et elle est capable de faire mille actes »

Hughlins Jackson.

 

fonctions motrices

 

 

On désigne par homoncule ou homonculus la représentation de notre propre corps à l’intérieur de notre cerveau. (glossaire 1), la perception sensitive donnée au niveau de la peau.

Mais, comme les différentes parties de notre corps n’ont pas toutes la même importance pour notre cerveau, certaines prennent beaucoup de place et d’autres très peu.

Par exemple, nos mains qui sont très utiles et capables de manipuler de très petits objets prennent beaucoup plus de place que nos jambes.

aires corticalesToute connaissance de notre corps ou du monde environnant est précédée par une sensation.

La conscience de l’image de notre corps ou schéma corporel appelée somatognosie ne peut se développer qu’à partir des multiples expériences sensorielles et motrices au cours desquelles s’est inscrite dans la réalité la situation des différentes parties de notre corps et tout particulièrement de la main.

La main va à la rencontre de la sensation et prend un contact direct avec les êtres, les éléments et les objets ; en cela, elle diffère des autres organes des sens qui captent des courants d’ondes émis à distance grâce aux cellules hautement spécialisées de la muqueuse nasale, de la rétine, de la cochlée.

La main se heurte à la résistance du monde réel.

Toucher quelque chose est la meilleure façon d’être sûr de son existence.

Cette observation corrobore mon idée d’aide à la personne malade qui n’a plus la certitude d’exister dans la réalité de l’humanité (maladie dégénérative).

Le toucher est le sens le plus spécifiquement humanisé.

 

«  Les mains sur la peau touchent l’âme à vif. »

Christian Bobin

 

A partir du sens du contact purement physique, le mot toucher a étendu son acception aux répercussions psychiques et émotives. On est touché par une parole, un geste, un spectacle…, ce qui signifie qu’on est ému, attendri.

 

Le toucher devient objet d’étude, d’une valeur universelle, fondée sur des relations objectivables, vérifiables, il  devient une science : l’haptique.

L’haptique, du grec ἅπτομαι (haptomai) qui signifie « je touche », désigne la science du toucher, par analogie avec l’acoustique ou l’optique. On parlera aussi de sens tactilo- kinesthésique.

Ce sont les gestes qui définissent l’haptique : mouvement du corps (principalement des mains, des bras et de la tête), volontaire ou non, révélant un état psychologique, ou visant à exécuter quelque chose. (Le Petit Robert – 2001).

Cette approche scientifique analyse la caractéristique quantitative, qualitative et fonctionnelle des gestes….la fonction mémorielle haptique…

 

J’ai tenté de parcourir quelques pistes historiques, scientifiques,  qui explorent le toucher, le sens tactile, l’haptique, afin de vous faire ressentir l’immensité du terrain de jeu de l’univers tactile,

dans le passé, l’évolution de l’homme,

le présent, l’haptique, science du toucher,

et le futur, la technologie haptique, pour ressentir le contact physique lors de la manipulation d’objets virtuels en 3D.

 

 

 

1.2.2 Le shiatsu :

Retournons, si vous le voulez bien,  vers le Shiatsu, cette pression des doigts, technique manuelle, Art qui combine le toucher, l’haptique, et la main.

D’origine japonaise, le Shiatsu puise ses racines en Chine, au même titre que la Médecine traditionnelle Chinoise,  introduite au Japon au I et IIème siècle de notre ère, à partir de deux traités fondamentaux :

Le YI-KING de FOU-HI qui présente la théorie du YIN et du YANG.

Le NEI-KING de HOUANG-TI qui se divise en deux volumes :

Le SOU-WEN, traité général de physiologie et de pathologie.

Le LING-CHOU qui présente le système des méridiens ainsi que l’acupuncture et dans lequel le massage est déjà considéré comme un traitement important.

 

« L’homme est un microcosme entre le Ciel et la Terre
formant le macrocosme. »

 

La finalité est de recréer le lien, l’harmonie, faire circuler le Qi, l’énergie vitale. (glossaire 2)

 

Comme nous l’avons vu plus haut,

Shi signifie « doigts, extrémités » et

ATSU est la racine du verbe presser.

 

Le Shiatsu c’est l’application de pressions exercées sur des zones spécifiques du corps, ces pressions pouvant être exercées avec différentes parties de la main (doigts, paume, pouce…).

 

C’est surtout après l’an 500 que s’est développé l’art de la maîtrise du Ki (Qi), en Chine.

 

Au Japon, les traces les plus anciennes de thérapies manuelles remontent au

> VIème siècle avec l’apport, sous le nom de médecine Kampô, (漢方医学 Kanpō igaku), une science japonaise dérivée des techniques fondamentales de la médecine traditionnelle chinoise dont le massage, physique et énergétique, l’acupuncture et la moxibustion.

C’est cette dimension du Kampô qui prit le nom d’Anma,  terminologie que l’on voit apparaître dans des écrits vers 700 et qui fut utilisée ensuite tout au long de l’histoire du Japon.
Ce soin manuel, le Shiatsu,  puise ses source du KAMPO et de l’ANMA, (按摩 , littéralement « calmer avec les mains »)  technique de massage d’origine chinoise, vieille de plus de mille ans, son modus operandi.

Ce massage chinois, l’Anma,  est très populaire en Orient, il ne nécessite pas d’études approfondies pour être exercé.

L’ANMA était une technique thérapeutique complète, comprenant diagnostic et traitement. Cependant, pendant toute la période où le Japon, sous la férule de la dynastie Tokugawa (1600 à 1860 environ), se ferma au monde et refusa toute relation avec l’extérieur, le massage thérapeutique Anma, coupé de ses racines, se dévitalisa pour ne devenir progressivement qu’une technique corporelle et populaire.

Celle-ci fut à cette époque très pratiquée par des aveugles dont la qualité de toucher était très appréciée, au point qu’à la fin du XIXème siècle le terme Amma, qui désigne le massage, servait également à désigner les aveugles.

Le Shiatsu semble issu de la branche Dian Xue An Mo, massage par pression des points d’acupuncture.

Les praticiens de Shiatsu s’orientent plus vers une « médecine manuelle » en s’éloignant d’un massage de bien-être. L’attention sera portée vers des points d’acupuncture.

 

Une autre parenté se fera aussi avec le TUI-Na, (Tui signifie « pousser » et Na, « saisir « ), technique chinoise, pratiquée dans les écoles martiales, souvent utilisée pour soigner les traumatismes liés aux chutes, aux coups et aux torsions des membres.

 

La pratique du Tui-Na se fera sur les méridiens, dans leur ensemble, alors que le shiatsu thérapeutique visera certains points d’acupuncture, spécifiques.

 

 

> Il faut attendre le VII, VIIIème siècle, et la venue des moines bouddhistes, au Japon, pour assurer la transmission de cet art.

 

> «  La médecine chinoise fut officiellement reconnue au Japon en 632 et devint prépondérante à partir de cette époque. Le phénomène concerna autant la médecine classique que les pratiques de santé ou les Arts Martiaux. » (Georges CHARLES, expert en Arts Martiaux)

 

> En 1867, le Japon s’ouvre aux influences étrangères, dans le domaine politique, social et économique. L’Anma subit les influences des massages occidentaux.

 

> En 1901 le gouvernement réserva la pratique de l’Anma aux seuls titulaires du diplôme.

La tradition des autres techniques manuelles ne put se maintenir que dans la clandestinité.

 

> Le terme de Shiatsu apparut pour la première fois en 1919 dans le livre Shiatsu Ho de Tenpeki Tamai.

 

> En 1925 Maître Tokujiro Namikoshi ouvrit la  première clinique de Shiatsu au monde.

 

> En 1930, le Ministère de la Santé recensa officiellement 300 techniques thérapeutiques différentes, dont le Shiatsu.

 

> En 1940 Maître Tokujiro Namikoshi fonda l’École de Shiatsu, (l’actuel Japan Shiatsu College).

Son combat pour la reconnaissance du Shiatsu en tant que discipline autonome, fut relayé par les sommités médicales japonaises de l’époque et en

> 1955 il obtint que le Shiatsu soit légalisé au même titre que l’Anma.

 

Le gouvernement japonais donne cette définition :

 

« La thérapie Shiatsu est une forme de manipulation administrée avec les pouces, les doigts et les paumes, sans l’aide d’aucun instrument mécanique ou autre, qui applique une pression sur la peau humaine, pour corriger le mauvais fonctionnement interne, favoriser et maintenir la santé et traiter les maladies spécifiques. »

 

> En 1957 dans le livre « Théorie et pratique du Shiatsu« , édité par le Ministère de la Santé, est donnée la définition suivante :

 

« Le Shiatsu se réfère à l’utilisation des doigts (shi) et des paumes des mains pour appliquer des pressions (atsu) sur des régions déterminées du corps, avec l’intention de corriger les déséquilibres du corps et pour maintenir et préserver la santé … »

 

> 1964, la reconnaissance du Shiatsu en tant que discipline indépendante de l’Anma.

 

> 1970, arrivée du Shiatsu en France, grâce à de nombreux maîtres :

Me Masunaga (élève de Me Namikoshi) le plus connu en Europe en 1970, utilise la Médecine chinoise traditionnelle dans sa pratique,

Me Ryotan Tokuda, praticien et enseignant de la MTC et du Shiatsu, ainsi que de la pharmacopée Yaku Zen (cuisine médicinale).

 

> 199O, L’E.S.TECOLE DE SHIATSU THÉRAPEUTIQUE DE PARIS, créée par Bernard Bouheret,

Sei Shiatsu DO (glossaire 4)

 

> En 1994, la Fédération Française de Shiatsu Traditionnel voit le jour.

 

> Depuis 1997, l’Union Européenne mentionne le Shiatsu comme l’une des 8 méthodes de médecine non conventionnelle digne d’intérêt,  (la résolution A4-0075/97 du Parlement européen, votée le 29 mai 1997). (glossaire 3)

En Europe le Shiatsu est reconnu en Autriche et en Suisse.

L’OMS reconnait le Shiatsu en tant que « médecine non conventionnelle digne d’intérêt. »

 

> 2003, L’A.I.S.T est née de l’aspiration commune de praticiens et d’élèves de l’École de Shiatsu Thérapeutique (E.S.T). L’école EST exerce son activité sur Paris, est dirigée par Bernard BOUHERET, créateur du style Sei Shiatsu Do (la voie du Shiatsu sincère). (www.shiatsu-aist.org).

 

Cette discipline manuelle qu’est le shiatsu, comme nous venons de le voir, tire ses sources de la médecine chinoise, mais aussi des arts martiaux, du clergé, des profanes et de la famille.

Aujourd’hui encore, au Japon, tous les pratiquants d’arts martiaux, les Budokas, ont de très bonnes notions de soins manuels, n’oublions pas que ce sont les maîtres d’Aïkido qui ont introduit le shiatsu en France, et en Europe, dans les années 1960/1970. C’est par leur pratique, leur écoute du corps, leur instinct, leur science du corps vivant et en mouvement, qu’ils ont atteint une remarquable conscience du corps, affinée par le Qi Gong, ou le Tai Ji Quan.

Les moines, Bouddhistes ou Taoïstes, vivaient dans des monastères reculés, isolés, de fait, ils se devaient d’être leur propre médecin. Leur corps devenait le « véhicule » qui devait les conduire au Satori (l’Eveil), il leur fallait donc prendre grand soin de ce corps, l’écouter avec attention, élaborer une « carte » des trois champs de cinabre. (glossaire 5)

Les profanes restent le groupe le plus vaste. Même sans prise de pouls, sans diagnostic, cet art profane, peut se transmettre de génération en génération, en Asie. La pudeur orientale permet d’être contournée par cette façon, non-verbale, de parler au corps, pour qu’il n’engrange pas trop de tensions, inutiles, voire néfastes. Pour que l’énergie, le Ki, circule, pas de stase.

La famille, reste l’endroit le plus simple pour pratiquer les disciplines manuelles, en Asie. Tout le monde, enfants et parents, sait toucher, étirer, masser, les zones douloureuses. Art familial, silencieux, tactilo- kinesthésique, bénéfique pour rester relié à l’autre.

 

 

 

1.2 Notions de médecine chinoise
La médecine occidentale est construite, historiquement par une représentation de l’être humain comme une machine, dont la connaissance anatomique est essentielle.

C’est par la dissection et l’expérimentation animale que se fonde la recherche et la compréhension de l’être humain. La chirurgie est une application directe de ce concept de « l’homme-machine ».

Les rapports entre le corps et l’esprit sont réglés par l’opposition, le dualisme, la différence substantielle, l’action mutuelle impossible, le conflit.

 

Les Chinois n’accordent pas, à « l’homme-machine »,  une influence aussi déterminante. Le fait de pouvoir inférer du mort sur le vivant, de l’animal sur l’homme, n’est pas une évidence pour la médecine chinoise.  Elle considère le corps de l’homme comme un empire, ses viscères ne sont pas des groupes de tissus, mais des ministères, et des administrations au service d’un gouvernement. Plus qu’une action physiologiques, ils gouvernent, ils ont une charge politique.

La médecine chinoise s’oriente plus vers des méthodes de transformation des lésions, plutôt que vers leur exérèse (intervention chirurgicale consistant à retirer de l’organisme un élément qui lui est nuisible ou inutile : organe, tumeur).

Quant aux relations corps-esprit, elles sont intriquées, interdépendantes, une suite de transformations résultant du spirituel et du matériel.

 

La notion de globalité est importante pour la Médecine Chinoise, au-delà de guérir, cette médecine a pour objectif de restaurer l’équilibre de l’organisme, de l’Homme, dans l’Univers.

 

Ces différences conceptuelles participent à la difficulté de communication entre les deux systèmes médicaux.

 

Il y a des principes fondamentaux qui sont indispensables à la compréhension de la médecine chinoise :

> Les relations entre l’Homme et l’Univers

> Les trois joyaux : JING, QI, SHEN

> YIN et YANG

> LES  CINQ MOUVEMENTS

 

> L’Homme et l’Univers :

L’origine de l’Univers pour les Chinois se situe dans le souffle primordial qui n’a ni commencement ni fin. Ce souffle est plein de tout ce qui va advenir, le chaos primordial existe à l’état de matière (la plénitude du vide). Le Tao est ce souffle primordial. (glossaire 6)

On dit que  le Taoïste (glossaire 7) est un paysan devenu savant. Il a cultivé un humanisme un peu mystique, il a gagné le Ciel sans abandonner la Terre. Quand il voulut étudier le végétal, il se fit arbre. Il prit une posture immobile, laissa sourdre l’élément en lui, ses jambes et ses pieds devinrent racines, et ses membres supérieurs, branchages…Ne parle-ton pas, médicalement, de l’arbre bronchique, l’arbre urinaire, la voûte crânienne…

 

Aucun phénomène vital ne peut être considéré en dehors de son contexte organique et universel : les structures et les fonctions de l’être humain constituent un ensemble indivisible et interactif, et, qu’il est lui-même un élément de l’univers, dont il ne peut être dissocié.

Il y a interdépendance entre les différents viscères, eux-mêmes divisées en Organes (Cœur, Poumon, Foie, Rate, Reins) et Entrailles (Intestin grêle, gros intestin, vésicule biliaire, estomac, vessie). L’interdépendance continue avec les Méridiens, qui relient et permettent la communication entre Organes et Entrailles, de façon superficielle ou profonde….le tout, organisé, coordonné par les trois Trésors : le Shen, le Jing et le Qi.

Dans cette conception de la globalité, l’organisme est une unité, dont chaque partie est inter-reliée, le microcosme (l’homme) et le macrocosme (l’univers).

Pour rester en bonne santé, il est théoriquement indispensable d’être ajusté aux climats, saisons, à toutes les influences du monde extérieur. Les modifications naturelles auxquelles le corps ne peut pas s’adapter, deviendront des facteurs pathogènes : Vent, Froid, Chaleur, Humidité, Sécheresse, et Canicule.

Il en découle une interaction entre les cycles temporels (annuels, saisonniers, mensuels, journaliers…) et la physiologie humaine : la chronobiologie.

L’influence entre les facteurs physiques et psychiques est constante et mutuelle.

 

> JING, QI, SHEN :

Dans la Médecine Chinoise, la Vie repose sur trois Trésors, trois concepts essentiels, traduits par : Essence, Souffle, Esprit.

Nous revenons à la notion d’interdépendance : le corps ne peut fonctionner en dehors de la réunion, l’interaction dépendante,  de ces trois trésors.

 

Sans le Shen, conscience organisatrice, la vie ne peut pas se manifester.

Le Jing est indispensable à la présence du Shen dans le corps.

Le Jing n’a ni forme, ni mouvement, il a besoin du Qi pour entrer en activité.

 

 

精 JING :

Traduit généralement par « Essence ».

L’idéogramme chinois de « Jing » comporte dans sa partie gauche, la clé du « riz », ce qui évoque l’idée de nourriture, de semence, ce qui entretient la vie, la perpétue. En Chine, le riz est la base de la nourriture, l’essence de la nourriture.

A droite, l’élément supérieur évoque une plante qui croit.

En-dessous, invisible, sous terre, se trouve la clé du cinabre (glossaire 5), symbole alchimique taoïste, représenté par le four dans lequel la matière cuit. Cela évoque l’importance des transformations subtiles et invisibles qui s’opèrent au niveau des racines de la plante, et qui lui permettent de pousser et de se développer, conformément à sa nature intrinsèque.

 

Ainsi, l’idéogramme de l’ « Essence » traduit l’idée de quelque chose de dérivé d’un processus de raffinement ou de distillation : il s’agit d’une essence raffinée, extraite de quelque chose de plus grossier. Ce processus d’extraction d’une essence raffinée à partir d’une substance plus brute, plus grossière, laisse entendre que l’Essence est une substance plutôt précieuse, que l’on doit chérir et préserver.

 

Selon la tradition, le Jing réside principalement dans les reins et il constitue la matière physique la plus dense du corps (par opposition au qi et au Shen, considérés comme plus volatils)

On considère qu’il, le Jin,  nourrit, entretien et refroidit le corps.

Il porte l’héritage du corps (concept similaire à l’ADN) et comme conséquence de ce concept, il est aussi lié à la production de sperme chez l’homme et aux menstrues chez la femme.

 

 

氣 Qi :

Le sinogramme est formé de deux éléments : le pictogramme « vapeur, buée, brume » au-dessus, englobant l’élément pictographique « grain de riz ».

Principe fondamental formant et animant l’univers et la vie, à l’origine de l’ensemble des énergies et substances présentes dans la nature, capable de produire chaque chose par ses mouvements et ses transformations.

Difficile à traduire, tant ses emplois dans la langue chinoise sont nombreux, on trouvera néanmoins : « Energie », « souffle », « influence » « émanation ».

Dans la littérature médicale chinoise, il est important de se rappeler que cette notion inclut également une idée de mouvement, transformation, communication, fonctionnement, connection.

Tout est Energie, tout est nourriture, l’Energie est source de vie, la vie est source d’Energie.

 

« Le pur et le léger monta et devient le Ciel

Le trouble et le lourd descendit et devint la Terre

Les souffles intermédiaires en se mélangeant

Harmonieusement

Produisirent l’Homme. »

(Lie Tseu, Traité classique du Vide Parfait.)

(glossaire 6)

 

shenSHEN

La partie gauche du caractère symbolise un autel d’où s’élève de la fumée, c’est la clé des rituels, de la révélation, des signes, de l’influence céleste. Le sens général est : montrer, manifester.

La partie droite du sinogramme a plusieurs significations possibles : soit des volutes de fumée, provenant d’un sacrifice (expression de la dévotion qui s’élève vers les divinités), ou un tourbillon de foudre qui s’élève au milieu des nuages (manifestation, expansion des puissances célestes), soit deux mains qui s’opposent pour tendre une corde ou ceindre une ceinture. Le sens général est : communiquer, informer.

Conscience organisatrice d’essence céleste, s’exprime dans l’ensemble des fonctions de l’organisme, lui permettant de communiquer et d’être en permanente adaptation avec son environnement.

Esprit, activité mentale, ensemble des fonctions psychiques et spirituelles. Dans un contexte médical, ce terme peut prendre le sens de vitalité, santé, entrain, d’énergie, sans connotation psychique, dans ce cas.

On parera de présence ou d’absence de Shen, pour mentionner la présence ou l’absence de signes généraux d’équilibre et de bonne santé.

 

 

> YIN et YANG :

La théorie du Yin et du Yang est très ancienne, elle n’est pas spécifique à la médecine chinoise, alors qu’elle est un pilier fondamental. Issue de la philosophie et des sciences antiques, elle est la base du système dialectique médical et de ses applications.

Les Taoïstes perçurent très tôt ce mouvement binaire, incessant, rythmant la vie de toutes choses, définissant ainsi le temps qui passe.

 

François Jullien nous apporte son éclairage :

La Chine a pensé le « moment » saisonnier, et la durée, mais non pas une enveloppe qui les contienne également tous les deux, qui serait le « temps » homogène, abstrait.

La langue chinoise ne conjugue pas, ne donne pas d’opposition aux divers temps de la conjugaison : passé/futur/présent.

 

« La passé n’est plus,

le futur n’est pas encore,

le temps ne se composant que de ces deux parties,

comment pourrait-il lui-même exister ? »(Aristote)

 

La Chine pense la nature autrement : pas en terme de mouvement mais en énergies  Yin et Yang

dont découle une interaction sans fin, intérêt porté aux influences et transformations.

 

Le Yin condense tandis que

le Yang se répand

en alternance régulée.

 

Les Chinoise ont défini ce mouvement binaire de vie, ces deux pôle par les termes YIN et YANG.

Le Yin et le Yang représentent, en fait, des principes antithétiques dont les qualités sont complémentaires. Chaque chose et chaque événement peuvent être à la fois eux-mêmes et leur contraire. De plus, le Yin porte en lui le germe du Yang, si bien que le Yin peut se transformer en Yang, et inversement.

 

 

陰 YIN :

Le même radical, à gauche, réuni les concepts Yin et Yang, ce radical « fu » représente un tertre, une butte, une colline, avec une série de marches pour y accéder.

La partie droite est composée, en haut, de « jin », signifiant « maintenant », et en bas, de « yun », signifiant « nuages. »

Yin évoque donc le versant ombragé d’une colline, ubac, la face obscure des choses. Par extension, le froid, l’inertie, la nuit sont de nature Yin.

Dans le système des hexagrammes du Livre des Mutations, (Yi Jing),

Yin c’est le trait brisé : – –

L’hexagramme avec les six traits brisés, est le deuxième du livre : c’est la TERRE.

hexagramme

 

陽 YANG :

La partie droite montre le soleil, au-dessus de l’horizon, qui envoie ses rayons sur l’adret.

Par extension, la lumière, la chaleur, l’activité du jour, sont des exemples de la manifestation du Yang.

Dans le système des hexagrammes du Livre des Mutations, (Yi Jing),  YANG c’est le trait PLEIN : _

L’hexagramme avec les six traits pleins est le premier du livre : c’est le Ciel

hexagramme2

 

 

Cyrille J/D JAVARY précise ces concepts pour le moins abstraits et insaisissables :

« Réduire le YIN au féminin, et le YANG au masculin, est plus que réducteur, puisque les signes évoquent le changement, or, on naît femme ou homme, et on le reste toute sa vie.

Pas plus que le YIN n’est sombre, et le YANG  est lumineux, tout simplement parce que l’auxiliaire ETRE, reliant l’attribut au sujet, n’existe pas en chinois.

Un chinois ne peut pas dire le YIN est froid, et ne peut donc pas penser que sombre et froid sont des attributs du YIN.

YIN n’est pas sombre, mais un mouvement d’assombrissement, pas plus qu’il n’est froid, mais une tendance au rafraîchissement.

De même que YANG n’est pas clair, mais un mouvement d’éclaircissement.

YIN et YANG ne se réalisent qu’à l’intérieur de la dynamique qui les accouple.

L’article défini « le » est inapproprié pour qualifier la notion du YIN et du YANG car cela conduit notre esprit à nous les représenter comme deux entités séparées, symétriques, sans rien dire de leur essence, du ballet qui les anime.

Bruce Lee compare ce couple aux pédales d’un vélo :

 

Pour avancer, il faut en même temps

appuyer sur une pédale

et relâcher l’autre.

 

Le mouvement complet c’est « appuyer/relâcher ».

Appuyer est le résultat de relâcher et chacun est à son tour, la cause de l’autre.

Tant qu’on s’obstine à séparer YIN et YANG en deux, on ne peut espérer atteindre à sa réalisation.

L’esprit chinois n’aime pas séparer, il y une volonté de non-séparabilité.

Les Chinois n’utilisent pas de mots pour représenter des idées, pas plus que des caractères idéographiques, mais des sortes d’idéogrammes abstraits, qu’allient la rigueur logique exigée par le cerveau gauche, à la beauté plastique appréciée par le cerveau droit. »

 

Comme nous venons de le voir, Yin ne peut se définir sans Yang, l’interdépendance  de toutes choses constitue la trame de la réalité, cette complémentarité fluide, équilibrée, alternance juste, c’est là où réside la santé de l’homme.

 

Le shiatsu veillera à maintenir cette harmonie, répartition équitable entre Yin et Yang.

Allons encore plus loin dans notre réflexion, cette alternance duelle peut être perçue comme l’expression de l’unité ultime, du Tai ji (le Faîte suprême, glossaire 8), le Dao en mouvement. Pour les Taoïstes, dualité et multiplicité sont les reflets du Un, essence même de la non-dualité, rien n’est séparé, à l’image de Yin, Yang.

 

Les principes élémentaires de la théorie Yin/Yang sont

L’omniprésence de la dualité Yin/ Yang : toutes les choses et tous les phénomènes ont deux aspects : un aspect Yin et un aspect Yang. Cette dualité est directement liée à l’impermanence du monde et l’alternance des contraires, ce qui constitue le fondement du mouvement perpétuel de l’univers. On ne perçoit le bonheur que par l’absence de malheur, les critères de la vie se définissent par rapport à ceux de la mort …d’où l’omniprésence de cette dualité Yin-Yang.

Divisibilité infinie du Yin/Yang : non seulement tout peut être divisé en Yin /Yang, mais, dans chaque catégorie, une nouvelle division peut être observée, à l’infini. (glossaire 9)

L’hiver est Yin et l’été est Yang. Le jour en hiver, est Yang dans le Yin. La nuit en hiver est Yin dans le Yin. Le jour en été, est Yang dans le Yang. La nuit en été est Yin dans le Yang. Le crépuscule d’un jour d’hiver est Yin de Yang de Yin…..

La rupture de l’équilibre dynamique de Yin/Yang, c’est la maladie. Poser un diagnostic et traiter une maladie se feront à l’aide du couple Yin/Yang.

A la fin de cette approche de la notion Yin/Yang, voilà une synthèse qui vous permettra de relativiser cette approche complexe :

« Si vous avez bien compris l’alternance du Yin/Yang,

C’est qu’on vous l’a mal expliquée. » Maître taoïste

 

 

LES  CINQ MOUVEMENTS :

Prolongeant le concept Yin/Yang, cette théorie des cinq mouvements fait référence à cinq étapes de la transformation cyclique, générée par l’alternance Yin /Yang, cinq modes d’expression de la Nature.

 

A  l’origine est le Dao, à la fin subsistera le Dao, puisqu’il n’a ni commencement, ni fin.

Entre le début et la fin, c’est l’éternel changement du cosmos taoïste, l’oscillation des deux forces premières, qui fait naître, à son tour les cinq éléments, d’où découle toute vie, toute chose, tout événement.

 

Ces cinq types de manifestation du Qi sont symboliquement représentés par le Bois, le Feu, la Terre, le Métal et l’Eau.

 

L’ancien chinois est cultivateur, il est primordial pour lui d’observer et de comprendre le ciel pour prévoir les récoltes à venir. Astronomes de renom, les Chinois avaient repéré les deux grands axes extrêmes, les solstices.

Cette observation sera dessinée par un axe vertical, axe extrême, qui réunit les 21 juin, en haut avec le 21 décembre en bas, croisé par un axe horizontal, reliant le 21 mars, à gauche, et le 21 septembre, à droite, ligne intermédiaire, le milieu de l’année. Ces deux axes, extrême et intermédiaire, se couperont en un point central.

Par analogie, les Chinois prennent conscience de la correspondance entre l’année et la journée, sur ce dessin. Comme un bâton, planté dans le sol, qui permet de mesurer les ombres, tout au long de l’année mais aussi tout au long de la journée. Les ombres portées en été et en hiver, sont analogique à celles portées à midi et à minuit. Celles portées au printemps et en automne, sont identiques, d’un point de vue analogique, à celles portées le matin et le soir. Printemps et matin, été et midi, automne et soir, hiver et minuit,  deviennent superposables.

Ce proverbe prend une autre saveur.

 

« Un journée, une vie. » (Proverbe Zen)

 

Une autre analogie va s’ajouter.  C’est en été, à midi qu’il fait le plus chaud, logiquement, le Sud prendra la place du haut. A l’inverse, c’est en hiver, à minuit, au nord qu’il fait le plus froid, le Nord prendra sa place naturelle, en bas. Quant au soleil, il se lève à l’Est, le matin, comme il précède le temps de midi, il se posera logiquement à gauche. Le soir, le soleil se couche à l’Ouest, après le temps de midi, il finira donc sa course à droite.

yiquan

http://www.yiquan78.org/wuxing.htm

 

Les Anciens déportèrent le point central sur le pourtour du cercle, entre l’été et l’automne, on le nomma la cinquième saison.

cycle

http://www.habitat-fengshui.com/

 

Avant de poursuivre notre approche des cinq mouvements je vous propose une étude du chiffre 5, de sa symbolique, éclairé par Cyrille Javary.

 

« Le chiffre 5 » chiffre 5

Chiffre fondamentalement intéressant, en Chine.

La forme ancienne qui écrit l’idéogramme du chiffre CINQ nous dit que ce chiffre est le point central entre Ciel et Terre, autour duquel s’organisent les 4 Orients. On a une structure extrêmement importante du mode de pensée chinois, qui est : Centre, Milieu.

Autour duquel s’organisent les 4 saisons, les 4 Orients, un axe vide, autour duquel tournent les saisons, les Orients, les heures du jour…Axe central autour duquel tourne le QUATRE.

Les Chinois aiment diviser en 5 catégories : les CINQ étoiles du drapeau national, les CINQ éléments… »

 

 

 

 

le boisLe BOIS, sinogramme qui représente un arbre, avec son tronc, ses branches et ses racines. Ses propriétés sont la croissance et la souplesse, l’impulsion vitale et le libre mouvement.

 

 

 

le feuLe FEU, le sinogramme représente un feu avec une flamme centrale et deux étincelles, ou deux flammèches. Ses propriétés sont la production de chaleur et le sens et le mouvement ascendant.

 

 

 

 

la terreLa TERRE, le sinogramme représente un monticule de terre érigé sur le sol. Ses propriétés sont la production et la transformation, ainsi que le transport des liquides et des éléments nutritifs.

 

 

 

 

le metalLe METAL, le sinogramme représente un gisement d’or caché aux regards indiscrets, avec quatre galeries recélant des pépites. Ses propriétés sont à la fois la malléabilité (le métal peut prendre différentes formes) et la dureté, la rigueur, et par extension, la capacité à élaguer, trancher, restreindre. Il a pour caractéristique de rassembler, colleter, ramener à l’essentiel.

 

 

eauL’EAU, le sinogramme représente le courant de l’eau. Ses propriétés sont l’humidification, l’écoulement vers le bas, l’accumulation stagnante, et par extension, la conservation, la thésaurisation.

(glossaire 10)

 

 

 

Ces 5 mouvements, reliés entre eux, forment deux grands cycles :

Celui de l’engendrement, ou cycle Cheng, où chaque élément est la mère du suivant, et celui de la régulation ou cycle KO, où chaque élément régule son opposé, en le contrôlant, le réfrénant.

shentao

(http://www.shentao.fr)

Ces 5 Mouvements représentent des étapes particulières dans les mutations du Qi, étapes interdépendantes et permanentes.

Grâce à ces analogie, chaque Mouvement étant relié à un couple entrailles /organes, il est facile de comprendre qu’une maladie, lorsqu’elle se déclare dans une  saison particulière, nous invite à la relier à l’organe de la saison :

Si un individu s’affaiblit systématiquement en hiver, c’est un signe que les Reins sont fragiles.

La théorie des 5 éléments développe notre raisonnement en base 5.

De l’unité primordiale sont nées deux forces, Yin et Yang, nous permettant de diviser par deux notre analyse : jour/nuit, chaud/froid….

Avec la théorie des 5 Mouvements, nous affinons notre approche, avec une base 5, au-delà d’un raisonnement binaire. L’alternance jour/nuit peut évoluer en : aube/matin/après-midi/crépuscule/nuit.

 

La pharmacopée chinoise utilise le même type de raisonnement : les racines, appartiennent à l’élément Eau, soigneront des maladies du Rein, et seront conservées dans du sel, élément correspondant lui-aussi à l’Eau….

Le shiatsu-shi, dans sa pratique professionnelle, adaptera ses pressions à celle de la saison, en revêtant l’habit de l’Empereur correspondant à l’organe à traiter. Les pressions de type

BOIS, seront toniques et rythmées

FEU, seront amples, larges, rondes

TERRE, seront pondérées, et équilibrées

METAL, seront légères et plumeuses

EAU seront profondes et lentes.

 

Cette théorie des 5 Mouvements ne vaut rien si nous ne connaissons pas la voie, la route, le passage, la circulation où chemine l’énergie. Cette carte routière, comparée parfois à un solénoïde, ou encore à la circulation de l’eau, avec flaques, sources, ruisseaux, rivières, fleuves, ou bien à une trame vibratoire, se rassemble sous le terme de Méridiens.

Bien que leur structure matérielle soit discutée, les fonctions physiologiques des Méridiens et leur Ramifications sont à la base d’une pratique clinique millénaire.

 

Les Méridiens principaux sont au nombre de 12, ils sont reliés aux Organes et Entrailles, dont ils portent les noms. Ils constituent la principale voie de communication pour le Qi et le Sang. La plupart des points utilisés en acupuncture, moxibustion et shiatsu, sont situés sur leur trajet.

L’école japonaise de Maître Okuyama applique ses pressions sur 14 méridiens, en rajoutant aux 12 méridiens principaux, les deux Merveilleux Vaisseau : Du Mai et Ren Mai.

La pratique n’en sera que plus riche.

 

Les pressions respectent la direction de l’énergie :

Tous les méridiens Yang (Vessie, Vésicule Biliaire, Estomac, Gros Intestin, Triple Réchauffeur, Intestin Grêle) descendent du Ciel vers la Terre. ↓

Tous les méridiens Yin (Rein, Foie, Rate, Poumon, Maître, Cœur, Cœur) remontent de la Terre vers le Ciel.­ ↑

Les deux Merveilleux Vaisseaux, Ren Mai et Du Mai, sont deux ascendants.­ ↑

 

Par convention, le mot « Viscères », est employé comme terme générique pour désigner l’ensemble des Organes et Entrailles, qui sont eux-mêmes divisés en trois catégories :

 

> Les Organes : Cœur, Rate, Poumon, Foie, Rein.

> Les Entrailles : Vésicule Biliaire, Estomac, Intestin Grêle, Gros Intestin, Vessie, Triple Réchauffeur (glossaire 11).

> Les Entrailles particulières : Cerveau, Moelles, Os, Vaisseaux, Utérus.

 

Les Organes, ZANG    臟 rassemblent les parties « nobles » du corps, centres d’activité, où s’élaborent les énergies et substrats. Leur fonction sont de produire, conserver, emmagasiner les substrats essentiels (Jing, Qi, Sang, Liquides Organiques).

Les Entrailles, Fu胕 servent de réceptacles et participent au transit des aliments, ou au transport et à l’excrétion des déchets. Elles se remplissent mais ne conservent rien, elles ne peuvent pas être saturées.

 

Les Méridiens principaux sont disposés symétriquement, de chaque côté du corps, et parcourent les membres supérieurs, la tête, le dos, les membres inférieurs, le ventre, et la poitrine, tantôt sur la partie antérieure, tantôt sur la partie postérieure du corps, en formant un système de circulation fermé.

 

Chaque méridien a son trajet propre, son nombre de points, un horaire énergétique déterminé (glossaire 12), une liaison à une saison donnée, et correspond à un organe ou à une fonction dont il va porter le nom.

Chacun est relié par un organe par un méridien profond, qui par du point précis, « He », situé aux coudes et aux genoux.

Ce mémoire, même s’il se veut pédagogique, ne peut reproduire les chemins de tous les méridiens, je vous invite donc à visiter le site très riche et partageur, il est possible de copier à satiété toutes les informations proposées : http://www.lesbonnesmains.com/.

 

A ce moment du mémoire, vous avez pu vous familiariser quelque peu avec des notions de Médecine Chinoise, stock lexical indispensable pour poursuivre le voyage initial proposé.

Cette approche, je l’espère, va vous permettre de comprendre que la gestuelle du shiatsu est l’art de rendre au corps son équilibre originel, avec des pressions sur le corps, rythmées, comme des écluses, le shiatsu shi règle des débits, un corps fluide est un corps en bonne santé.

Le rythme du shiatsu rassure, réunit, apaise, comme une musique, berce, emporte le mental obsessionnel, amène ailleurs.

Le corps est vu comme une maison, la maison est vue comme le corps, il faut que toutes les pièces de la maison communiquent entre elles, à température uniforme, portes ouvertes, faire de la place, gagner de l’espace. La vie est un état d’équilibre instable, retrouver cet équilibre dans l’intensité, la profondeur, les rythmes.

Notre première maison est notre corps, ne soyons pas SDF de notre corps, on construit une maison avec des briques, pour délimiter les espaces, pour être bien dedans, mais on construit un intérieur avec du souffle, de l’énergie.

Quitter le corps de souffle, c’est quitter la santé. La santé est dans le souffle.

A notre tour de quitter les racines que nous avons explorées ensemble pour nous diriger, nous élever,  vers l’humain, le tronc de l’arbre, entre Ciel et Terre.