S’AIMER ENFIN! Un chemin initiatique pour retrouver l’essentiel. Dr Christophe Fauré, Albin Michel, 2018

Deux mots désignent la solitude :

Loneliness = sentiment pénible d’être seul.

Aloneness = solitude sereine, non douloureuse.

La solitude fondamentale, c’est l’espace intérieur où je me sens exister, sans référence à quelqu’un qui m’aime et dont j’aurais besoin, pour me sortir du sentiment pénible de la loneliness.

C’est parce que je peux me rencontrer dans ma solitude fondamentale, que je peux paradoxalement exister, d’autant plus disponible et ouvert à l’autre.

Etre attentif….

Au silence, à la qualité du silence qui se révèle derrière chaque son.

l’espace, la qualité d’espace où prend place tout ce qui embrasse mon regard.

A la qualité de quiétude qui se manifeste derrière mes pensées.

Etre là, sans intervenir et regarder le contenu de mon esprit…

La méditation, ce n’est pas FAIRE LE VIDE dans sa tête !

Mais accueillir toute circonstance avec présence et attention, c’est-à-dire en CONSCIENCE, sans suivre quoi que ce soit, sans s’y arrêter, sans s’y attacher…Percevoir des sensations, les laisser exister, sans les commenter mentalement.

Regarder le flot des émotions, le train des pensées, MAIS on ne les suit pas, on ne les interprète pas, on les laisse être, avec une attention consciente mais détachée, cela va induire le calme intérieur.

C’est l’expérience de SHINE = demeurer  (né) en état de paix (shi) ou SAMATHA (en sanscrit). Cette expérience de pacification mentale se rapproche de mindfulness (Mindfulness Based Stress Reduction = MBSR = rédustion du stress basé sur la pleine conscience, créé par Jon Kabat Zinn, en 1979, s’inspire de la méditation bouddhiste dont il a estompé partiellement la dimension spirituelle, pour en faire une sorte de méthode laïque qui diminue le stress)

https://www.mindfulnesscds.com/

Nous ne sommes pas nos pensées, ni nos émotions…mais nous avons tendance à nous identifier, nous confondre avec celles-ci.

Prendre une distance salutaire par rapport à l’intensité de  la charge émotionnelle des pensées négatives.

La pacification du mental, le calme de l’esprit, n’est que le début du chemin de la méditation, la première étape d’un processus beaucoup plus vaste.

Mindfulness intervient sur un plan psychologique puis sur le plan spirituel. Ce sont deux niveaux de l’esprit, complémentaires mais distincts.

  • Sur le plan psychologique, il a pour objectif le développement personnel. S’installer dans le moment présent, avec la perception consciente des sensations, émotions, pensées…

Ce « moi » qui éprouve et perçoit n’est qu’un concept, une représentation mentale, une identification à un ego qui n’a pas d’existence propre. Cette conscience est de nature vide, non existence en soi, indissociable de la sagesse primordiale de notre être, de notre essence fondamentale.

Voilà ce qui signifie atteindre l’Eveil, reconnaître le cœur de la réalité interne et externe, la texture du Réel…..C’est l’objet même de l’enseignement de Bouddha.

  •  Sur le plan spirituel, il a un objectif de transcendance.  C’est explorer la nature de la conscience qui perçoit l’expérience de s’installer dans le moment présent. Quelle est la nature profonde de l’observateur silencieux, qui a conscience de ces sons, sensations, pensées, émotions ? A-t-il une forme, couleur, des caractéristiques spécifiques ? Peut-on le localiser quelque part en soi ? A-t-il une existence propre ?

CONSEILS AU MEDITANT

Laisse cet esprit qui est le tien,
dans un état détendu, non-artificiel.
En cet état, voyant la pensée et son mouvement,
reste dessus, détendu.
En cet état, va poindre la stabilité.
Pas d’attachement à la stabilité,
Pas de peur du mouvement.
Connaissant qu’il n’est pas de différence
entre stabilité et mouvement,
l’esprit s’élevant de l’esprit.
En cet état, sans saisie, sans attachement,
repose, détendu, tel quel.
En cet etat, la réalite en elle-meme,
l’essence de ton propre esprit,
sagesse, vacuité radieuse,
va s’elever,
et tu n’auras pas de mots…
En cet état, un calme naturel viendra ;
sans tenir la stabilité pour quelque chose,
tel quel, naturel et libre ;
sans saisir ni rejeter les productions mentales,
s’il te plaît, reste… LÀ.

Guendune Rinpoche.

LE BONHEUR :

Le bonheur ne se trouve pas
avec beaucoup d’effort et de volonté
mais réside là, tout près,
dans la détente et l’abandon.
Ne t’inquiète pas, il n’y a rien à faire.
Tout ce qui s’élève dans l’esprit
n’a aucune importance
parce que n’a aucune réalité.
Ne t’y attache pas.
Ne te juge pas.
Laisse le jeu se faire tout seul,
s’elever et retomber, sans rien changer,
et tout s’évanouit et recommence à nouveau, sans cesse.
Seule cette recherche du bonheur nous empeche de le voir.
C’est comme un arc-en-ciel
qu’on poursuit, sans jamais le rattraper
Parce qu’il n’existe pas, qu’il a toujours été là
et t’accompagne à chaque instant.
Ne crois pas à la réalité des expériences bonnes ou mauvaises,
elles sont comme des arc-en-ciel.
A vouloir l’insaisissable, on s’épuise en vain.
Dès lors qu’on relache cette saisie,
l’espace est là, ouvert, hospitalier et confortable.
Alors profites-en. Tout est à toi, déja. Ne cherches plus.
Ne va pas chercher dans la jungle inextricable l’éléphant
qui est tranquillement à la maison.
Rien à faire
Rien à forcer
Rien à vouloir,
Et tout se fait tout seul.

Guendune Rinpoché

La BODHICITTA : esprit d’Eveil (sanscrit).

Imaginez que lors d’un voyage à l’étranger, en groupe, vous soyez pris en otage et maintenue dans des conditions de vie effroyables de maltraitance. Par chance, vous parvenez à vous échapper, mais tous les autres restent prisonniers. De retour chez vous,  vous n’êtes plus serein, il vous est intolérable  de profiter paisiblement de votre liberté, vous souhaitez tout mettre en œuvre pour les libérer tous, cela devient votre priorité.

BODHICCITA est le nom donné à ce puissant mouvement intérieur. Nous sommes tous otages de la souffrance, parfois sans en avoir conscience.

Quand Bouddha eut atteint l’Eveil, dans son premier enseignement :

« la vie est Dukkha = peine, tension, frustration, mal être, détresse, tourment, chagrin déchirement…..Dukkha est la souffrance dans son sens le plus vaste et l’impermanence de toutes choses. Pour aider, il faut se décentrer de soi,  regarder  autour de soi, avec acuité, pour saisir la réalité de ce que l’autre vit.

Pour aider l’autre, le faire de là où l’on est, c’est-à-dire à son échelle, cela peut donner un sens à votre vie, en nous libérant de la prison de notre mental.

Déchirer les voiles qui nous maintiennent dans l’ignorance de notre propre grandeur et de reconnaître notre nature fondamentale de paix, d’intelligence et de clarté. Justesse des actes, des paroles, du corps, et de l’esprit.

Je sais que je ne peux pas sauver les otages, si je ne me sauve pas moi-même, si je ne suis pas libre moi-même. En premier lieu, je dois prendre soin de moi, porté par la motivation de prendre soin de l’autre. Les deux en même temps, de façon concomitante.

Pour s’engager sur la voie de la libération intérieure, nous avons d’abord  besoin de nous apaiser, de poser notre esprit, et de travailler pour nous affranchir des entraves intérieures qui nous empêchent d’être réellement qui nous sommes.

Trouver la paix en soi ne suffit pas, elle n’a de sens que si on la met au service d’autrui pour l’aider à la trouver à son tour.

La CONNAISSANCE n’est pas l’EXPERIENCE :

Vous aurez beau lire des livres sur les oranges, forme, goût texture….vous n’aurez jamais la connaissance de l’orange. Ce n’est qu’en la goûtant que vous aurez l’expérience !

L’expérience spirituelle est du même ordre, elle échappe aux mots qu’on utilise pour la décrire. C’est une expérience qui a le pouvoir de changer profondément une vie, présente en soi, immuable.

Dans le bouddhisme, on parle de la « bienveillance de la situation » c’est-à-dire toute situation, la plus heureuse comme la plus malheureuse, recèle un enseignement. Quelque chose qu’il nous est donné à  comprendre pour nous aider à avancer. Tout l’enjeu pour nous est de le voir.

Revenir dans la vraie vie set rude, difficile de ne pas tomber dans les habitudes mentales d’autrefois, rester présent à l’instant…cela demande constance, attention, discipline et détermination.

Avoir de la compassion envers soi-même quand on rechute encore et encore dans ses propres travers, se décevant soi-même.

Compassion envers autrui qui est indifférent ou qui fait mal, sans même s’en rendre compte. Un effort de chaque instant.

J’ai découvert la force de la vulnérabilité. Cette force qui résulte de la mise à mal de l’ego, qui veut tout diriger, tout contrôler, en prenant tout l’espace, même si cela doit blesser ou écraser autrui.

Je me sens plus fort, car plus fragile qu’autrefois, plus armé, car désarmé, plus aidant pour autrui, car dépossédé de ma névrose, à vouloir exister en sauvant la terre entière.  Plus conscient de la vulnérabilité et de celle d’autrui, c’est dans ce lien intérieur que je rejoins le patient, là où il attend d’être vu et reconnu.

Notre chemin de vie

est en relation avec nos blessures

qui définissent notre potentiel et nous montre la voie.

Je sais que mon mur de briques sera toujours là, il incarne mes peurs, mes névroses, mes illusions, MAIS, il n’est plus menaçant, il n’obstrue plus mon regard. J’ai appris à tourner mon regard vers l’intérieur, là où l’horizon est, à tout jamais, VASTE et DEGAGE.

MUR DE BRIQUES :

DOUTES
TOURMENTS
PEINE
SOUFRANCE
OUBLI
 LOIN
PEURS
ILLUSIONS
TRISTESSE
EGO
DOULEURS
MORT
CHAGRIN
CRAINTE
VIDE
SILENCE
 CRIS
FIN
DETRESSE
MOI
PERMANENT
DUKKHA
SOLITUDE

 

MUR INTERNE PERSONNEL :

VASTE
AU-DELA
INFINI
RESPIRE
RICHE
BLEU
AMPLE
LISSE
PRESENT
GRAND
DEGAGE
RASSURANT
SOUFFLE
JOIES
DOUX
LARGE
 ILLIMITE
ETENDU
LEGER
CA GLISSE
 VIE
SPACIEUX
SOURIRE

A vous de « construire » vos 2 murs……

PREMIER ENSEIGNEMENT :

Nous seuls pouvons choisir ce que nous faisons de notre vie.

La peur est la plus terrible des émotions, la plus paralysante. A cause d’elle, on n’ose rien, on ne risque rien, on aime rester dans sa zone de confort…..même si on étouffe !

La sagesse est sa grande alliée. Elle implique un temps de réflexion pour mesurer la justesse de ce que l’on souhaite entreprendre.

La psychologie positive va dans le même sens. Crée par deux universitaires américains : Dr Seligman et Christopher Peterson. Ils partent du constat que la psychologie traditionnelle s’intéresse essentiellement à ce qui ne va pas bien chez une personne. Ils décidèrent de prendre l’exact contre-pied :

« qu’est-ce qui va bien chez cette personne et pourquoi ? »

Elle se focalise sur les potentiels positifs d’un individu, pour donner  de l’épaisseur à l’existence, elle l’invite à choisir sa vie en fonction de trois critères :

VIVRE  une vie plaisante : créer des conditions de vie les plus positives possibles, créer des liens avec autrui, pratiquer des loisirs ou des activités qui intéressent et font deu bien. MAIS, cela ne suffit pas à apporter un sentiment de bonheur durable.

VIVRE  une vie engagée : traduit la nécessité de donner de soi, de s’impliquer dans quelque chose de plus grand que soi. S’engager rend vivant ! Mais il manque un troisième critère indispensable.

– VIVRE une vie qui a du SENS : faire l’effort de mener une vie en phase avec nos principes et nos valeurs, une forme de transcendance : être créatif, développer son intelligence émotionnelle, développer sa propension à la gentillesse, générosité, patience….

Ayez peur- c’est légitime- mais prenez votre vie en main, avancez en dépit de tout, sans attendre que quelqu’un d’autre la vive à votre place !

Faites acte d’amour envers vous-même.

 

 

 

DEUXIEME ENSEIGNEMENT :

Le Bonheur n’est PAS le fruit du hasard,

mais le résultat d’une vie fondée sur l’union de

la sagesse et de la compassion.

« Renonce aux actes négatifs. Fais le bien et cultive le positif. Pacifie ton esprit. » (Bouddha)

Ces deux ailes, la sagesse et la compassion, permettent à la spiritualité de prendre son envol.

La sagesse résulte d’actes quotidiens, générer plus de positifs que de négatif.

La compassion se développe avec le regard intérieur que l’on porte sur son esprit.

« Doutez de tout. Et surtout de ce que je vous dis. Apprenez par vous-même à reconnaître ce qui est mauvais ou faux. L’ayant observé, ayant compris qu’il génère négativité et souffrance, abandonnez-le. Apprenez par vous-même à reconnaître ce qui est utile, méritoire et bon. L’ayant observé, ayant compris qu’il génère bénéfice et félicité, acceptez-le et suivez-le. » (Bouddha)

Trouver sa « boussole », un repère fiable et constant qui aide à choisir la direction qu’on souhaite donner à son existence.

Pour le bouddhisme, les boussoles se nomment « paramitas » ce qui signifie « aller de l’autre côté de la rivière » c’est-à-dire, aller de l’autre côté de l’illusion, de l’ignorance.

  • La générosité est la première paramita. Donner…de l’argent, un sourire, une aide, de son temps…..Donner et aimer sans condition, nourrir une volonté sans cesse renouvelée de rester ouvert à l’autre, de ne pas nuire.
  • La discipline sera la seconde paramita. Elle permet de s’abandonner en confiance. Discipline/éthique permet d’éviter tout comportement négatif : agressivité, orgueil, jalousie, malveillance…et de développer les actes positifs : protéger la vie, être stable, honnête dans ses porpos…
  • Patience/douceur, sera la troisième paramita. Capacité à accepter, endurer les inévitables lourdeurs, frustrations de l’existence. Adopter une attitude de flexibilité et de souplesse. Intelligence face à l’adversité n’empêche pas de se défendre ou de réagir lorsque la situation le demande.
  • L’endurance sera la quatrième paramita. Elle parle de constance dans l’effort, antidote à la paresse, à la procrastination, à la paresse, à l’autosabotage. Elle décèle le secret de la pratique spirituelle : la régularité.

« Nous devenons ce que nous faisons de façon répétée. »

(Aristote)

  •  La méditation est la cinquième paramita. Elle s’appuie sur le principe de la répétition, de la régularité, pour que l’esprit se transforme petit à petit.

« Vos croyances deviennent vos pensées.

Vos pensées deviennent vos mots.

Vos mots deviennent vos actions.

Vos actions deviennent vos habitudes.

Vos habitudes deviennent vos valeurs.

Vos valeurs deviennent votre destinée. »

Gandhi

  • La sagesse ultime/conventionnelle sera la sixième paramita.

La sagesse ultime permet de réaliser le non-soi, la vacuité des êtres et des phénomènes.

La sagesse conventionnelle découle des arts, de la médecine, des sciences, de tous les domaines du savoir.

Le plus précieux des cadeaux

serait d’être attentif à ce qui se passe en nous,

sans attendre la survenue d’un cataclysme personnel.

Pour cela trouvez vos propres boussoles, des principes qui vous transcendent, qui nourrissent votre vie de l’intérieur.

Prenez réellement soin de vous avec effort, courage et détermination, en accrochant courageusement les wagons de votre vie à une locomotive qui a du sens.

TROISIEME ENSEIGNEMENT :

La paix que l’on s’offre n’a de sens que si on l’offre en retour.

QUATRIEME ENSEIGNEMENT :

La mort

est le bienveillant phare de notre vie.

Il n’y a pas de plus lourd fardeau en fin de vie que le constat d’une vie non vécue.

On peut réellement mourir avant d’être mort…quand on renonce à vivre sa vie, quand on ne fait aucun effort pour lui donner du sens.

Voilà en quoi, la conscience de la mort, moins d’être mortifère et sinistre, aide à être encore plus vivant, car cela permet d’aller à l’essentiel.

Prenons-en conscience dès maintenant.

Faire du bien, aider, soulager, aimer, émerge de vous, de votre essence. Plus vous allez aimer, plus vous allez rendre consciente et manifeste votre capacité d’amour et plus vous allez ainsi entrer en lien intime et profond avec vous-même. Aimer nous met en phase, en  cohérence avec  nous-mêmes.

C’est en cela que prendre soin de l’autre mène à soi.

La spiritualité, ne demande l’adhésion à aucun système, aucune soumission, aucun dogme.

La spiritualité est un mouvement, une dynamique, un moyen qui permet d’aller à la recherche

de soi, à la recherche de l’amour en soi, qui a besoin de nous pour se révéler à lui-même.

En dépit des blessures de notre existence, la spiritualité nous mène là où nous sommes intacts à jamais, au cœur du diamant de notre être.

Pour s’aimer ENFIN…