Des âmes et des saisons

Des âmes et des saisons,

Boris Cyrulnik, Odile Jacob, 2021

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Avant, on posait la question

 d’une cause qui provoque un effet.

Ce bébé est malade, il faut chercher en lui, dans son cerveau, dans son développement, ce qui s’est mal passé.

Alors que dans le raisonnement écosystémique, on dit :

ce bébé est malade, que faut-il chercher qui se passe mal entre lui et son milieu?

 Ça peut être en lui, mais peut être aussi autour de lui.

peut être le climat, l’alimentation, sa mère, la culture, une tragédie sociale, la pauvreté, etc.

Ce n’est plus du tout une cause qui provoque un effet,

mais une convergence de causes qui cause un effet bénéfique, et parfois maléfique.

 

Un cerveau est sculpté par son milieu.

Une défaillance du milieu entraîne une défaillance du développement du cerveau.

 

Le milieu est capable de changer le métabolisme et même les anatomies :

Dans un banc de girelles (poissons),

il suffit d’enlever un mâle de ce banc pour observer qu’une femelle va prendre la forme la forme et la couleur d’un mâle, les ovaires de cette ancienne femelle sont atrophiés et les testicules sont apparus.

Une simple modification de ce milieu, « enlever un mâle », a stimulé le cerveau d’une femelle, en 10 jours, la femelle est devenue mâle, ses ovaires matures se sont transformés en testicules.

 

La mère peut être stressée, à cause

de son histoire,

de violence conjugale,

de la guerre ou

du climat.

C’est souvent la précarité sociale.

Les substances du stress passent la barrière du placenta, le bébé déglutit le liquide amniotique bourré de ces substances toxiques pour son cerveau, et il arrive au monde avec une altération cérébrale.

Je souligne, ce n’est pas la mère qui est responsable, c’est son malheur.

Si j’arrête le raisonnement à ce moment, vous allez en conclure qu’il y a un déterminisme inexorable, donc je vais vite rajouter une phrase.

 Le bouillonnement des neurones est tellement pharamineux dans les petites années,

qu’il suffit de sécuriser la mère pour que le bébé, en 24, 48 heures, recommence un bon développement.

On est constamment soumis au milieu, c’est la définition de l’épigenèse. Une découverte très vieille, mais maintenant il y a beaucoup de publications scientifiques parce que les capteurs modernes la rendent difficile à contester.

 

Les filles (à partir de 9 ans) de parents pauvres ou immigrants ont des pubertés précoces : leur évolution dans un milieu non paisible, non stable, non confortable,

accompagné de comportements brutaux, de mots blessants, d’une écologie de surdensité (les logements sont souvent petits par rapport au nombre d’habitants), d’une alimentation  souvent sucrée et grasse,  qui entraine l’obésité….tout ceci génère la transmission d’hormones du stress.

Chez les garçons, c’est l’effet inverse (12/14 ans), il y a retardement de la puberté, chez les pauvres, les garçons gardent plus longtemps leur voix d’enfant, engourdis devant la télé, ce qui entraîne souvent l’obésité.

Un enfant qui tisse avec ses donneurs de soins, un attachement insécurisant, vivra tout événement comme une agression, il ne pourra pas acquérir de confiance en lui, ne peut anticiper, altération de sa mémoire et de ses émotions, incapacité de maîtriser ses émotions. Devenu adulte, il y aura des troubles émotionnels, il explosera à la moindre remarque, ce qui compromettra son travail scolaire.

A l’hérédité verticale, venue des chromosomes, s’ajoute l’héritage latéral qui vient des enveloppes écologiques proches, médianes et lointaines.

 

C’est avec toute cette construction préalable biologique, affective, psychologique et sociale qu’un sujet arrive à la seconde période sensible de son existence : l’adolescence.

Le virage existentiel de l’adolescence entraîne d’importantes modifications cognitives, émotionnelles et comportementales.

La surpopulation créé un stress prolongé qui peut être mortifère, qui altère l’organisme.

En condition de surpeuplement on assiste à un naufrage comportemental chez les animaux. Qu’en est-il chez l’homme ?

On sait que les prisons surpeuplées entraînent une violence incontrôlable.

 

Le coronavirus a justifié un confinement.

Deux jours plus tard, les lignes téléphoniques de protection contre la maltraitance étaient submergées.

La violence familiale se manifeste dans tous les milieux, mais le confinement l’a fait apparaître d’abord dans les petits logements des quartiers pauvres.

 

Chaque sexe façonne l’autre et induit des comportements auxquels la culture attribue une signification.

Le fait qu’un homme sécrète 20 fois plus de testostérone qu’une femme explique son poil au menton,

MAIS n’explique pas sa séduisante virilité, son exaspérant virilisme.

 

L’anthroposystème permet de comprendre un phénomène, il faut solliciter des disciplines différentes.

Le confinement est-il une agression psychique ?

La réponse ne peut être causalitaire mais systémique.

Le résultat sera bon ou mauvais, selon :

  1. La construction du sujet avant le confinement. S’il a acquis des facteurs de vulnérabilité (maltraitance familiale, cascades de traumas, précarité sociale, mauvaise maîtrise de la langue….pour eux, le confinement sera vécu comme une privation de liberté, c’est-à-dire un trauma supplémentaire. Si on ne les soutient pas, ils souffriront d’un syndrome post traumatique.

  2. La structure du confinement. Espace vitale assez grand…

  3. Après le confinement. Le soutien affectif et le sens qu’on donne à cette aventure.

 

Les événements de notre existence et les pressions du milieu

sculptent notre cerveau pour en faire un appareil à voir le monde.

 

Chaque cerveau

voit un monde différent de celui de son voisin…

et pourtant, tout aussi vrai !

 

La parole est un objet sensoriel

qui s’imprègne dans la mémoire du tout petit et participe à la sculpture de son cerveau, dès le quatrième mois, après sa naissance, bébé agence les sonorités pour reconnaître un mot.

A un an, bébé reconnaît 50 mots.

A trois ans, 1000 mots.

A cinq ans, 10 000 mots.

 

Quand son cerveau est altéré ou quand son milieu est pauvre en mots,

l’enfant perçoit un monde mal formé, qu’il ne peut partager avec ses proches, ce qui altère ses relations et développe des troubles de sa socialisation.

 

La parole agit aussi sur notre mémoire et peut modifier la représentation de notre passé.

Le récit de soi n’est pas le retour du passé, c’est la représentation du passé, à partir d’aujourd’hui.

L’existence a ajouté d’autres expériences de vie qui ont modifié la représentation du passé.

 

Seule la mémoire traumatique reste figée dans ce passé, puisque les images et les mots d’horreur ne cessent de se répéter, renforçant la mémoire traumatique.

 

L’approche psycho écologique distingue trois systèmes :

 

  1. Le microsystème: c’est l’enveloppe proche du corps qui s’imprègne biologiquement et modifie les métabolismes.

  2. Le mésosystème: plus éloigné, c’est celui de la famille, du quartier, de l’école, qui tutorise les développements grâce à la force des pressions affectives.

  3. L’exosystème : celui des mots et des représentations abstraites, impossible à percevoir, il sculpte autant le cerveau, modifie les métabolismes et donne un pouvoir énorme à la transcendance.

Un tel regard ne peut être qu’évolutif, puisque l’impact du milieu n’a pas le même effet sur un bébé, un adulte ou selon la construction physique et mentale du sujet.

 

Ce que nous sommes ici dans notre contexte,

n’est pas ce que nous serons demain, vieillis, expérimentés et souvent blessés par l’existence.

Notre corps et notre esprit, modifiés par la vie, devront s’adapter à un monde toujours nouveau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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