le YI JING

 

Le YI JING, Cyrille J.D JAVARY

  YI JING

Cyrille J.D JAVARY

Les Editions du Cerf, 1989, 2014

 

 

 

 

YI :易 se divise en deux parties :

  • en haut  le soleil,
  • en bas l’évocation de liquide en train de tomber.
  • Réunion du soleil et de la pluie.
  • Le premier sens de YI évoque les changements de temps, les passages du soleil à la pluie et de la pluie au soleil, d’où son sens général de CHANGEMENTTRANSFORMATION.
  • Le second sens est FACILE, SIMPLE, NATUREL. La qualité même du changement est d’être la fluctuation de la vie.
  • Un troisième sens relie changement et stabilité est expliqué par le Yi Jing lui-même : STABLE, FIXE, RÈGLE. Ce paradoxe qui relie changement et stabilité est expliqué par le YI JING lui-même,

  la seule chose durable,

c’est que tout change, toujours et tout le temps.

Le changement est le seul repère fixe, le seul rythme naturel, dont on puisse faire une loi raisonnable.

  • JING : 經 est le nom général de tous les « livres maîtres », le sens propre du caractère JING est trame, règle, norme, expérience.
  • Le YI JING est le livre du Yin et du Yang, son nom signifie:« Classique des Changements », il représente le socle sur lequel repose l’essentiel de la pensée chinoise.
  • Les deux piliers de la pensée chinoise : DAO DE JING (maître livre du taoïsme) et Yi JING.
  • Le YI JING reste le texte de référence, pendant plus de 2000 ans, à la quasi-totalité des théories chinoises sur l’organisation générale du cosmos et les moyens qu’a l’homme de s’y insérer harmonieusement. Il représente la continuité du passage du temps par une organisation réfléchie de 64 moments. Il est le premier livre de la civilisation chinoise.

Les hexagrammes (hexa = six, gramme = signes d’écriture) sont les éléments de base de tout le système du livre des Mutations. Ils représentent des situations types, des moments de la vie de tous les jours, rabotées jusqu’à l’essentiel.

  • Les situations qu’ils symbolisent n’ont plus rien d’événementiel, elles sont représentées comme des combinaisons de forces et représentées comme des assemblages de traits.
  •  Représentations algébriques de l’action alternante et réciproque de deux forces complémentaires : le YIN et le YANG. Avec le codage binaire, les figures linéaires du Yi Jing transcendent leur origine chinoise pour atteindre un langage universel.
  • Pas besoin de connaître le chinois, il suffit de distinguer une ligne pleine (YANG) ,  d’une ligne brisée (YIN)
  • La meilleure façon pour saisir ce que les Chinois pensent d’une idée, c’est de s’intéresser à la manière dont ils écrivent l’idéogramme YIN et YANG. Yin et Yang n’existent pas au sens où les pierres existent.
  • Ce sont des descriptions, des types de mouvements, des indications alternatives de flux constants. Ils n’existent pas l’un sans l’autre.
  • Leur sens originel est celui de l’Adret (versant ombrageux) de l’Ubac (versant ensoleillé) d’une montagne, les deux versants d’une même réalité.
  • Une partie de l’idéogramme YANG

           ressemble à un trait horizontal de l’idéogramme YI 易

            idéogramme qui évoque les changements de temps,

           la facilité avec laquelle le soleil et la pluie alternent dans le ciel.

          Yang insiste sur un des aspects de ces changements.

  • Le trait horizontal différencie nettement le soleil de la pluie qui tombe. Cette partie de l’idéogramme dessine la fin d’un orage, quand le soleil prend le pas sur les nuages.
  • YANG est le moment particulier où les nuages diminuent, où le soleil se dévoile, l’air se réchauffe, devient plus lumineux, le ciel monte, les nuages s’effilochent et disparaissent.
  • Les deux signes de la partie droite de l’idéogramme YIN expriment pour l’un, une idée de présence latente, et le second, est le caractère nuage, comme le mouvement complémentaire du YANG : les nuages de pluie s’amassent, le soleil se voile, le ciel descend, l’air devient plus sombre, plus froid.
  • Réduire le YIN au féminin, et le YANG au masculin, est plus que réducteur, puisque les signes évoquent le changement, or, on naît femme ou homme, et on le reste toute sa vie.
  • Pas plus que le YIN n’est sombre, et le YANG lumineux, tout simplement parce que l’auxiliaire ETRE, reliant l’attribut au sujet, n’existe pas en chinois. Un chinois ne peut pas dire le YIN est froid, et ne peut donc pas penser que sombre et froid sont des attributs du YIN.
  • YIN n’est pas sombre, mais un mouvement d’assombrissement, pas plus qu’il n’est froid, mais une tendance au rafraîchissement.
  • De même que YANG n’est pas clair, mais un mouvement d’éclaircissement.
  •  YIN et YANG ne se réalisent qu’à l’intérieur de la dynamique qui les accouple.
  • L’article défini « le » est inapproprié pour qualifier la notion du YIN et du YANG car cela conduit notre esprit à nous les représenter comme deux entités séparées, symétriques, sans rien dire de leur essence, du ballet qui les anime.Bruce Lee compare ce couple aux pédales d’un vélo : pour avancer, il faut en même temps appuyer sur une pédale et relâcher l’autre. Le mouvement complet c’est « appuyer/relâcher ». Appuyer est le résultat de relâcher et chacun est à son tour, la cause de l’autre.

 

  • Tant qu’on s’obstine à séparer YIN et YANG en deux, on ne peut espérer atteindre à sa réalisation. L’esprit chinois n’aime pas séparer, il y a une volonté de non-séparabilité.
  • Les Chinois n’utilisent pas de mots pour représenter des idées, pas plus que des caractères idéographiques, mais des sortes d’idéogrammes abstraits, qu’allient la rigueur logique exigée par le cerveau gauche, à la beauté plastique appréciée par le cerveau droit.
  •  Le YI JING n’est pas le premier livre du monde, les Sumériens savaient écrire 1000 ans avant que les Chinois n’inventent les idéogrammes. Au XXIème siècle, personne n’écrit en hiéroglyphe, ou en cunéiforme, alors que les Chinois utilisent toujours des caractères inventés par leurs ancêtres !

« Le changement

est la seule loi immuable

dans tout l’Univers. »

(32ème chapitre/64, « la durée »)

 Les hexagrammes ne sont pas des symboles mais des moments en train de passer au ralenti, chacun de ces moments forme un des 64 chapitres du YI JING.

Les hexagrammes sont formés en combinant deux types de lignes, les continues, ou pleins, YANG, ou séparées en leur milieu, brisées, YIN.

 YIN , YANG

 la ligne YANG résulte d’un mouvement centrifuge, d’expansion, se dirige vers l’extérieur

 – –La ligne YIN résulte d’un mouvement centripète, de concentration, qui se tourne vers l’intérieur.

 Le YANG s’allonge à l’infini et finit pas se rompre, en son milieu, pour s’ouvrir comme une porte.

  • Le mouvement YANG a provoqué sa mutation en YIN, qui va s’animer d’un mouvement YIN de contraction, vers l’intérieur, jusqu’à ce que les 2 moitiés se touchent. A cet instant, la porte sera fermée et la tendance se renverse à nouveau.

 LOI d’ANALOGIE : Seconde grande loi de la pensée chinoise. Les figures du YI JING obéissent à la loi d’Analogie. Emblèmes du tempo Yin /Yang, qui anime toutes les choses vivantes, elles sont soumises à la loi générale de toute chose vivante : poussée de la Terre vers le Ciel.

  • Les hexagrammes croissent du bas vers le haut, leur première ligne est celle du bas et leur dernière, celle du haut. Les 64 hexagrammes, rangés en rond ou en carré, le sont deux fois, pour évoquer le Grand Retournement.
  • Le rond suggère la continuité, le carré évoque la discontinuité. Le Ciel est là en rond, autour de la terre chinoise, reconnaissable à sa multitude de petits champs carrés. L’univers est représenté dans l’unité de ses pulsations.
  • Il faut attendre 1899, une crue du fleuve Jaune, pour découvrir de façon fortuite, les premières bibliothèques d’archives des devins Shang. dynastie des Shang, première époque au XVIIème siècle et XVème siècle, avant notre ère, c’est l’Age de Bronze, découverte de la Divination.
  • En ce temps là, les meilleurs morceaux de viande étaient brûlés sur des brasiers liturgiques, car le feu permettait de projeter les offrandes humaines jusqu’au ciel, il les rendait célestes, c’est-à-dire comestibles par les esprits.
  •  Les craquelures qui recouvraient les os, parmi les cendres, étaient interprétées comme un accusé de réception des dieux, avec la réponse des dieux. Les prêtres Shang deviennent des augures. La dimension temporelle entre dans l’interprétation, si l’offrande est acceptée par les dieux, c’est qu’elle a été faite au moment adéquat.
  • Il devenait logique de regarder à l’envers : si on vérifiait à postériori, qu’une offrande était agréée, c’est que ce jour là, elle était agréable, à priori : c’est l’auguration préalable.

 Arrive l’écriture : Dynastie Shang, seconde époque, XVème au XIIIème siècle avant notre ère, les Shang utilisent tout un système analogique.

  • écailles tortueIls choisissent la tortue pas analogie avec la rondeur de sa carapace, elle évoque le ciel et sa carapace ventrale, en carrée, évoque les champs, sur la terre. De plus elle possède les vertus fondamentales de l’univers : la sagesse et la longévité.
  • Ce sont les devins Shang qui inventent l’écriture : les pièces divinatoires, les carapaces de tortue, étaient conservées pour une comparaison ultérieure, entre la prédiction et la réalisation. Lorsque l’archivage posa un problème de place, les devins gravèrent sur les pièces des signes mnémotechniques, résumant leurs commentaires divinatoires : ces signes sont des idéogrammes, ancêtres directs des caractères actuels.
  • Trente-cinq siècle plus tard, certains d’entre eux, inchangés, sont toujours en usage, le caractère « divination » par exemple. Pareille continuité culturelle est un fait unique parmi les civilisations humaines.
  • Les trigrammes,  figure de divination (卦 (guà)) formée par la superposition de trois lignes (pleines ou brisées), ne sont pas l’invention de Fuxi, comme le veut la légende, il a simplement mis en ligne des signes distingués sur le dos d’une tortue. Fuxi reste le père fondateur de l’identité chinoise, il a autant de réalité que l’Adam biblique. A la lumière de l’archéologie, Fuxi reste aussi irréel qu’Adam, mais à la différence d’Adam, la période dont il est l’emblème a bien existé, il y a une quarantaine de siècles.
  •  Dynastie Zhon, 1ère époque, XIIème au VIIIème siècle, avant notre ère. La quasi disparition des tortues d’eau douce en Chine du Nord oblige les Chinois, pragmatiques, à utiliser le hasard et l’arithmétique, pour apporter un fondement théorique, avec une idée de Mutation.
  • Cueillir 49 tiges d’une vulnéraire douce : l’achillée, réunir les tiges dans une main, et fendre en deux, avec le pouce, au hasard, en deux tas, le faisceau qu’elles forment (le geste est analogique à celui du tison qui fendille la carapace de tortue), ensuite, on compte les deux tas et on reproduit deux fois le processus pour aboutir à un reste qui ne peut prendre que certaines valeurs arithmétiques obligées.
  • C’est la Méthode de tirage du YI JING avec les tiges d’achillée.
  • L’apport de Confucius (551-479 avant notre ère). Par la vertu des devins devenus scribes, le YI JING est donc devenu un livre.
  • A l’époque de Confucius, le YI n’était pas encore un JING, ce n’était encore qu’un manuel de divination parmi d’autres, toutes ces synthèses n’avaient pas encore été réalisées. Vers le IVème siècle avant notre ère, le « Grand Commentaire » représente le premier des ensembles de systématisation réfléchie de ce qui n’était jusqu’alors qu’un livre d’oracles. Il hausse d’un coup le YI JING au niveau de philosophie le plus profond et le plus fécond.
  • Les concepts YIN et YANG apparaissent pour la première fois avec un sens différent de celui employé (adret et ubac), celui de l’emblème du mouvement alternatif qui anime l’univers, de modalités lisibles de l’ondoiement du DAO (TAO).
  • Ici, le DAO n’a aucun lien avec le Taoïsme, en chinois, c’est un mot trivial, il signifie, chemin, voie, route, dans son sens propre, et conduite, dans son sens figuré. Les adeptes de Lao Zi (Lao Tseu) se nomment « Ecole du DAO », pour se singulariser, en donnant à ce terme trivial, commun, un sens très particulier, ils en font le pseudonyme de l’ineffable.
  • L’invention des HEXAGRAMMES, Vème et IVème siècles avant notre ère.
  • Les séries chiffrées du YI JING deviennent plus que des hexagrammes, elles se métamorphosent en idéogrammes. Ces figures représentent une qualité stupéfiante par rapport à tous les idéogrammes de l’écriture chinoise : elles n’ont aucun fondement pictographique, elles ne représentent rien de visible, juste du temps qui passe, voilà pourquoi elles ont pu devenir les emblèmes même du changement, dont YIN et YANG devenaient les modalités. Elles arriveront à devenir plus important que le texte divinatoire lui-même.

Dynastie des HAN, 206 à 221 avant notre ère. En 213, QIN SHI HUANGDI, autocrate implacable qui fera garder l’entrée de son tombeau par une armée de soldats en terre cuite, ordonne de brûler tous les livres, entre autre, pour unifier l’écriture, sur les caractères en usage au pays de QIN.

  • Ce sont les lettrés confucéens qui assureront l’armature intellectuelle de la dynastie. Ils commenceront par créer le Confucianisme. Le YI JING fut brûlé, et la version dont nous disposons aujourd’hui date de cette époque. Les lettrés y ajoutèrent quelques retouches : « le Maître dit… » pour que leur attribution à Confucius deviennent tout à fait plausible.
  • Ce sont aux aussi qui inventèrent le trigramme pour structurer le YI JING, n’ayant plus d’exemplaires antérieurs à l’autodafé de QIN SHI HUANGDI.
  • Grâce au trigramme, le YI JING devenait logique et pédagogique, aux yeux des confucéens. En faisant correspondre à chaque trigramme un type d’attitude, on pouvait, en regardant un hexagramme comme une combinaison de trigrammes, en déduire un couple d’attitudes appropriées à la situation, puisque directement tiré de la figure la représentant.
  • Par cette manipulation, les confucéens éliminent toute l’influence des chamanes, dans le passé du YI JING, tout en donnant à ce livre, préséance par l’ancienneté, sur tous les textes taoïstes !

Un bon confucéen ne résiste pas à donner un coup de pied à un vrai taoïste.

WANG BI, le « Rimbaud » de la pensée chinoise, IIIème siècle de notre ère. A la fin de l’époque des Han, le YI JING se présente globalement sous l’aspect que nous lui connaissons actuellement, si ce n’est que les 64 hexagrammes sont rangés en pagaille. Imaginez la difficulté de ranger, en l’absence de tout alphabet, ne serait-ce qu’un simple dictionnaire !

  • C’est WANG BI qui valida l’organisation, basée sur l’idée de faire suivre chaque hexagramme par celui qu’on obtient en le retournant (sauf pour les cas où la figure est symétrique, on prend alors son contraire, ligne par ligne). Cela rend le mieux compte de l’idée de mutation par retournement du YIN/YANG.

Le néo-confucianisme, dynastie SONG, 960-1279 : Le Bouddhisme, venue en Chine par le Route de la Soie, dès le Ier siècle de notre ère, deviendra religion d’état sous la dynastie TANG, vers le Vème siècle.

  • Les confucéens, évincés des postes publics, vont abandonner le YI JING. Le renouveau arrivera avec les SONG, avec les néo-confucianistes.
  • Après la reconquête de l’ensemble du pays par le SONG, il leur fallait unifier le territoire sur une base idéologique solide : ils firent appel aux lettrés confucéens, qui, à leur tour, feront appel au YI JING.  Mais il fallait composer avec les idées du Bouddhisme, auxquelles le peuple était habitué : le néo-confucianisme est né, appelé en Chinois, tantôt « logique de la Réalité », tantôt «  doctrine de la Voie ».
  • C’est maître Shao Yong (1011/1077) numérologue fameux, qui va organiser mathématiquement les figures du YI JING et expliquer logiquement leur génération, en s’appuyant sur un passage du Grand Commentaire :

« Le « Livre des Changements » manifeste le TAI JI.

Cela engendre les deux principes. Les deux principes engendrent les quatre images. Les quatre images engendrent les ba gua (huit figures). » (Ière partie, chap.IX, §5.)

  • Difficile de rendre en français l’expression Tai JiTai contient l’idée de grand à son extrême, et JI, celle de culmination.
  • A l’intérieur d’une pensée dialectique, toute culmination opère un renversement, et se transforme en son contraire. On devrait donc s’approcher un peu du sens de cette expression en la rendant par
  • « Grand Retournement ».
  • Le génie de Saho Yong a été d’associer ce « Grand Retournement » au mouvement du DAO. Invisible, par essence, il se matérialise, au niveau humain, par les deux principes.
  • Tout le monde était content : les Confucéens étaient rassurés par la référence au « Livre des Changements », les Bouddhistes associaient le Tai Ji à leur « Atman », créateur de l’univers, pour les Taoïstes, le Tai Ji devenait synonyme de leur DAO.
  • Même les missionnaires européens, pour qui le Tai Ji pourrait être associé au souffle originel de leur religion, forme primitive de la révélation judéo-chrétienne.

 Le contact avec l’Occident, dynastie Qing, 1644/1911 : Louis XIV enverra à la cour de Pékin plusieurs missions de Jésuites, apprenant la langue, l’écriture et les usages. C’est par eux que nous parviennent les premières traductions en latin, des classiques confucéens. Au XIXème siècle, les missionnaires colonialistes qui affluent en Chine vont s’intéresser au YI JING, non pas pour l’enrichir, mais pour le combattre, au même titre que toutes les superstitions indigènes.

  • C’est dans cette ambiance que seront écrites les premières traductions en langue européennes.
  • La plus connue d’entre elle est celle de R.Wilhelm, missionnaire protestant, publiée en 1924.  Pratique du Yi JING : Divination : mot étymologiquement formé par la rencontre phonétique entre «divin » et « deviner » est sûrement ce qui convient le moins pour le YI JING.
  • Le YI JING ne prédit pas l’avenir, il analyse le présent.
  • Son usage ne permet pas de faire des pronostics, seulement des diagnostics.
  • Dans une perspective chinoise, c’est une technique permettant d’obtenir des informations sur l’organisation YIN/YANG de quelqu’un à un moment donné.
  • Le praticien utilise le pouls pour déterminer le traitement approprié, non seulement à son patient, mais aussi à la saison.
  • De même, l’utilisateur du YI JING s’en sert pour adopter l’attitude la plus conforme à un moment d’une situation donnée, en fonction de la manière dont nous nous y impliquons. Une technique d’aide à la prise de décision.

Le questionnement posé au YI JING est d’abord une analyse de nous-mêmes, elle nous renseigne sur nous-mêmes, laisse parler nos désirs, analyse fondamentalement « énergétique », elle ne prend son sens que dans une perspective d’action.

  • C’est un manuel de stratégie. Voilà pourquoi les meilleures questions sont celle comportant un verbe d’action, dont le consultant est le sujet. Cette parabole peut aider à la compréhension :
  • Nous sommes des voyageurs traversant le Pays de la Vie, et le YI JING est un vieux paysan y habitant depuis fort longtemps, il connait bien son pays, tous les signes avant-coureur de changement. A nous de poser une question d’action précise, et non pas une question générale sur l’avenir.
  • Poser une question revient aussi à mettre en mots un choix qu’on n’arrive pas à faire, d’où l’intérêt d’écrire la question.
  • L’absence de forme interrogative dans la langue classique chinoise, « oblige », lors de la question, à scinder en deux les alternatives : « moi aller/moi pas aller ».
  • Cette originalité remonte en droite ligne aux anciennes pratiques divinatoires, chaque côté de la carapace comporte l’alternative, « aller, pas aller ».
  • La réponse du YI JING sera aussi le verbe d’action.
  • Une autre particularité des caractères chinois : ils n’ont pas de fonction grammaticale définie. Seul le contexte indiquera s’il est un nom, un adjectif, un substantif ou un verbe.
  • Méconnaître cette dimension peut fausser l’interprétation de la réponse ! La réponse du YI JING, se poursuit avec des textes, le Jugement de l’hexagramme le commente dans son ensemble, directement issu des textes gravés sur les pierres divinatoires.
  • Ce premier paragraphe est complété, depuis les Han, par un commentaire : l’Image.
  • Le texte de l’Image est plus direct que celui du Jugement.
  • Ces deux textes, le Jugement et l’Image, constituent le premier niveau de réponse du YI JING.
  • Le second niveau, formé par les Textes des Traits, les textes associés à chacun des 6 traits de chaque figure, va nous faire découvrir une richesse autrement plus complexe : due à l’application directe des mécanismes propres au YI JING.
  • Chacune des lignes des hexagrammes balancent entre YIN/YANG, elles sont constamment en train de tendre vers leur contraire, au rythme vivant, non uniforme, du « Grand Retournement ». Un tirage de YI JING offre un choix de 64 x64 couples d’hexagrammes (mutation de la ligne puis de l’hexagramme), soit 4096 cheminements possibles, tous différents, tous différents.

 Du hasard au couplage : Comme l’énonce A. Jacquart (Moi et les autres, Introduction à la génétique),

« Dans notre effort de compréhension du monde qui nous entoure, les progrès les plus décisifs ne sont pas, contrairement à ce que l’on croit trop facilement, les réponses trouvées à nos questions, mais la formulation de questions plus pertinentes ou mieux exposées (…). Une question peut être nouvelle, originale, beaucoup plus qu’une réponse. »

 En Occident, le hasard s’apparente à l’idée de causes extérieures à l’ordre religieux, peut-être sera-t-il à l’origine de ce que nous appelons « l’esprit scientifique ».

  •  A l’inverse de la Chine qui apprivoisera le hasard pour en faire le pivot de sa rationalité, la raison cartésienne va se poser en s’y opposant.
  • En Occident, le hasard prendra le statut de l’indigence rationnelle, îlot de résistance au progrès, comparable aux indigènes qui s’opposent avec leurs sagaies à l’avance bienfaitrice des troupes coloniales. Darwin amorce une bombe en exposant l’évolutionnisme : la race blanche n’a plus de raison de se culpabiliser de mettre en coupe réglée le reste des peuples de la terre, dès lors que Darwin nous assure que cela fait partie de la sélection naturelle et qu’il s’agit là de la sélection naturelle, et qu’il s’agit là d’un processus profitable à l’espèce (humaine) tout entière.

La sélection naturelle est un fait avéré, et le moteur de l’évolution est…le hasard !

« La formation de l’Univers exige que la matière s’abandonne au jeu du hasard. »

dit Hubert Reeves.

E. Morin complète en affirmant que

« L’origine de la vie ne peut être conçue sans rencontres aléatoires. Toute mutation génétique comporte une intervention du hasard. Tout être vivant est un générateur de hasard, traitant de l’aléatoire (événement) et le générant (décision)….Liberté et créativité sont inconcevable sans aptitude à utiliser le hasard. »

  • Etant au cœur du vivant, le hasard est le maître à danser du Changement.

Comment s’étonner alors qu’il soit au cœur du Yi Jing ?

Pour savoir ce que pensent les Chinois du hasard, il faut observer comment ils l’écrivent

: 机会

deux idéogrammes : « ou » et « peng ».

Le sens courant et usuel de ces deux mots tourne autour de mise en relation de deux choses : paire, parité, couplage.

  • Peng est construit avec la combinaison du signe des pierres et un mot qui signifie deux ensembles, deux personnages. Le signe des pierres évoque ici les « lithophones », ces pierres sonores de jade qui, dans l’antiquité, étaient accordées aux saisons et aux souverains. A chaque début de règne, le souverain fixait, entre autre, le calendrier et « donnait le ton ».
  •  Le mot «, Ou », combine le signe général des êtres humains, avec celui de trace, empreinte, signe visible. Le dénominateur commun entre ces deux signes pourrait être l’apparition d’un signe qui met en relation, de façon temporelle, deux univers différents.
  • Dans Peng, la mise en relation se passe entre le visible d’une situation et l’invisible d’une vibration, entre la succession d’un souverain et la nouvelle gamme sonore qui en résulte et en témoigne.
  • Dans Ou, le couplage a lieu entre le monde des vivants et celui des défunts.
  • Dans les deux cas, il s’agit d’un contact entre le ciel et la terre, entre le haut et le bas, entre  YIN et  YANG.
  • Ce contact fécond a son symbole en chinois : les oiseaux, messagers du ciel, leur vol est totalement libre, ils ne font pas que voler, ils se posent où ils veulent, c’est pour cela qu’ils se posent toujours là où ils doivent. Ces symboles du hasard sont, en Chine, les maîtres à agir.

 

 

« Le rôle des Rites est d’enseigner aux hommes ce que les oiseaux font naturellement. » (P.Larre)

C’est aussi le rôle du Yi Jing, à ceci près qu’il utilise le hasard pour y parvenir. Il ne s’agit plus de démissionner en jouant ses actes à piles ou face, mais de se positionner à sa juste place, entre ciel et terre, à l’aide de couplage aléatoires.

  • Hasard et Mutation, les deux grands moteurs de l’évolution, sont aussi ceux du Livre des Changements.  Ouvrir le Yi Jing, c’est s’ouvrir au changement. La divination est fondamentalement contraire au Yi Jing : elle dénie tout pouvoir aux être humains sur le cours des événements, la divination renie la liberté, elle scelle l’avenir.
  • En analysant le présent, le Yi Jing y décèle parmi tous les possibles ceux qui ont le plus de chances de se produire, compte tenu de la façon dont nous sommes impliqués dans cette situation. Le Yi Jing n’empêche aucun futur d’advenir.
  • En augmentant notre information, le Yi Jing augmente notre liberté, il nous aide à devenir

« co-auteur de notre destin. »

(Albert Jacquart).

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